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ENDIGUER LE « TOUT A L’ANGLAIS »

Lettre de Gérald  Magni, 1345 Le Lieu

Le 8 avril 2013


La réflexion jointe en annexe est propre à nous interroger sur l’une des (nombreuses) causes favorisant l’implantation de l’anglomanie en Suisse. Après que la Suisse alémanique nous eut « imposé », pendant des décennies, son « Schweizerdeutsch-französisch », (j’y ai passé plus de 40 ans de ma carrière), nous n’échappons pas, dès lors, à la volonté de cette dernière, volonté visant à faire de l’ »anglais » (de bazar) le moyen de communication avec la Suisse française. Une manoeuvre permettant ainsi à la Suisse alémanique de se distancer de la langue et de la culture germaniques!

Il nous appartient dès lors, en encourageant l’étude de l’allemand auprès de nos collégiens, d’endiguer la spirale du « tout à l’anglais » en Suisse, déjouant ainsi l’érosion du français (…)

La Suisse alémanique en voie d’abandonner l’allemand classique au profit d’un « anglais de bazar »?


Réflexion

Poussée germanophobe, une tirade haineuse contre les Allemands. Il ressort d’un récent sondage que le 36 pour cent des personnes interrogées en Suisse alémanique seraient favorables à réglementer l’arrivée des Allemands.  « Sie hat sich nach dem Schock des Dritten Reichs vom deutschen Sprachraum weitgehend abkoppelt”, nous déclarait, en parlant de la Suisse alémanique, le responsable régional pour Berlin/Potsdam, de “Verein Deutsche Sprache”.

Dans cette caisse de résonance où se déclinent pollution linguistique anglophone, appauvrissement et altération de la langue par les anglicismes, cette aliénation linguistique n’a-t-elle pas son assise comportementale en Suisse alémanique ? En d’autres termes, cette dernière n’est-elle pas en passe d’afficher pavillon dans les systèmes anglophones ? Un créneau que trop de milieux de Suisse francophone ne manquent pas de plébisciter. Un jeu politique privilégiant l’abandon de la culture et de la langue allemandes (« die Hochsprache ») chez nos voisins d’une part, et une parade contre la « germanisation », que de trop nombreux acteurs francophones se plaisent à entériner, d’autre part. Une typologie qui devient dès lors le fer de lance de la spirale vers  l’ « anglais », celle d’un brouet américano-anglais, auquel il ne manque qu’un fort accent américain !

Bref, la montée en puissance d’un « anglais de bazar » en Suisse. Cette spirale  de l’anglomanie envers la culture et la langue allemandes par les Alémaniques,  est susceptible de nous interpeller à plus d’un titre sur un arrière-fond de traumatisme politico-historico linguistique. Ce faisant, une volonté manifeste visant à afficher pavillon à l’endroit de leur « Grosser Nachbar im Norden ». Un quart des Alémaniques admet que parler l’allemand classique leur paraît insolite. Ils perçoivent ce dernier comme un idiome lié aux notions d’autorité, d’école et de performance notamment. Une fermentation idéologique véhiculée par un sentiment d’intolérance qui prévaut en Suisse alémanique à l’endroit des Allemands.

Une enquête par sondage fait apparaître que 47,3 pour cent des Alémaniques parlent français avec les suisses francophones, alors que, toujours selon ces mêmes sources, seule une minorité parmi ces derniers est à même de parler soit l’allemand classique ou l’un des nombreux dialectes. Un désengagement qui se décline par la mauvaise volonté des Suisses francophones à améliorer leurs connaissances scolaires en allemand, une certaine forme de paresse intellectuelle, amplifiée peut-être aussi par un ingrédient d’inaptitude

Notre communication avec la Suisse alémanique est dès lors placée sous le tutorat d’une « espèce d’anglais », devenant la lingua franca entre communautés germanophone et francophone. « Balbutier à deux une langue anglaise qui n’est maternelle pour aucun des interlocuteurs est une solution inacceptable […]. Ainsi se définit l’anglais, et cela paraît assez pour que l’on doive mesurer tous les dangers de son hégémonie »  (Claude Hagège, professeur au Collège de France, dans son Dictionnaire amoureux des langues, Plon – Odile Jacob). Cette « espèce d’anglais »,  tel qu’on le parle à Bruxelles, par exemple, au siège des organismes européens, un anglais fautif propre à menacer l’anglais des locuteurs de naissance, brouet que ces mêmes locuteurs s’attachent à dénoncer. En d’autres termes, une fermentation idéologique que constitue le « tout à l’anglais ». Mode, publicité, sport à tous les niveaux, enceintes politiques, moyens d’information (écrits, télévisés, radiophoniques) et, bien sûr, milieux économiques et notamment enseignement supérieur, s’aplatissent derrière le système qu’est devenu l’anglomanie, spirale emblématique. « Cet anglais de cuisine truffé de fautes qu’infligent au monde les décideurs non anglophones » (Claude Hagège). La culture de masse anglophone devient alors norme. Mais voilà, en se dispersant, l’anglais  se créolisera. Par voie de conséquence, sa disparition est, à terme, plébiscitée. Comme le furent le latin et le grec classique. Nous connaissons déjà, par exemple l’anglais des Philippines, l’anglais d’Afrique du Sud.  A plus long terme, on n’exclut pas que l’anglais perde en importance en faveur de l’espagnol et du chinois-mandarin.

Une érosion de nos langues nationales qui, certes est susceptible de donner le coup d’envoi à un nouveau  sursaut à l’apprentissage de l’allemand dans nos écoles. Un apprentissage dont le fer de lance reste la grammaire, les exercices de vocabulaire et de style et, pourquoi pas, (ré-) introduction du thème, des ingrédients propres à favoriser la mise en place de compétences linguistiques indiscutées. Des séjours linguistiques pilotés dès le début de la formation, échelonnés ensuite de manière répétitive, permettront de cimenter la phase d’apprentissage.


Gérald Magni
1345 Le Lieu

MOTS DE LA MODE… QU’EST-CE QUE ÇA VEUT DIRE?

L’Illustré Par Mélanie Blanc – Le 13.05.2010

Passer pour une pro de la mode n’est souvent qu’une question de VOCABULAIRE. On vous aide à vous retrouver dans la jungle des termes techniques. Petit lexique pour fashionista en puissance.


BOYFRIEND

Qu’on parle d’un jean ou d’une veste, le boyfriend est une pièce un poil trop grande qu’on aurait pu piquer à son mec. Attention à le porter avec parcimonie. Jamais deux pièces boyfriend en même temps.


BOYISH

Ont un style boyish toutes les filles qui aiment les looks à la garçonne: smoking, jean large, gavroche.


CAPSULE

Les collections capsules sont des minicollections qui sortent en dehors du calendrier traditionnel. Souvent l’occasion de créer le buzz en faisant appel à des stylistes qui ne sont pas de la maison, genre Lagerfeld pour H&M.


IT…

Il est toujours accompagné d’un nom, genre «bag» ou «girl». Il désigne LA chose à avoir, LE truc trendy du moment. Qu’on parle d’un sac ou d’une fille, par exemple.


JEGGING

Variation du legging, le jegging est un caleçon qui ressemble à un jean (d’où le mix entre «jean» et «legging»). Il se porte comme un legging, avec un top long plutôt large.


LOW BOOTS

Plus hautes qu’une chaussure, plus basses qu’une bottine, les low boots s’arrêtent juste en dessous de la malléole.


NUDE

Ce terme décrit tout ce qui a la couleur de la chair, soit des pièces rose ou beige clair.


OPEN TOES

L’été aussi, les bottes ou bottines restent à la mode. Presque les mêmes qu’en hiver, à un détail près: les orteils à l’air.


OVERSIZE

Lunettes, manteaux, sacs, T-shirts, pantalons. Tout peut être oversize. La condition? Voir grand. Mais en restant tendance. Acheter un T-shirt XXL au rayon mec ne fera pas l’affaire.


PREPPY

C’est le look des jeunes de bonne famille qui fréquentent les prep schools aux Etats-Unis. Des carreaux, des jupes plissées, des pulls à losanges, des vestes en tweed. La tendance preppy 2010 sera mâtinée de rétro pour être au top.


SNEAKERS

Pour parler «djeune», ce mot est incontournable. Des baskets? Oui. Mais pas n’importe lesquelles. Celles qui ont été détournées de leur pur usage sportif pour devenir des accessoires de mode destinés aux citadins.


SNOOD

Rien de plus que la basique écharpe tube. Accessoire phare du défilé Burberry automne-hiver 2009-2010, la marque anglaise l’a doté d’un nouveau nom. Ou comment donner l’impression de faire du neuf avec du vieux.


SWACKET

Contraction de «sweat» et de «jacket», ce terme désigne les vestes en molleton gris très en vogue cet été. Un peu jogging chic, il donnera une touche cool à un ensemble classe.


TANKINI

Un maillot de bain deux pièces composé d’une culotte et d’un haut en forme de débardeur.


TREGGING

Mélange de «trouser» (pantalon) et de «legging», il désigne un caleçon sophistiqué. Impression cuir ou lamé, il se marie bien avec un long blazer. On oublie l’effet disco années 80.


TRIKINI

Comme le bikini est composé de deux pièces, le trikini, lui, en possède trois. Un haut, un bas et une pièce qui relie les deux sur le devant.


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UN MOT POUR UN AUTRE

Les torrents de paroles et d’écrits que diffusent les médias sont souvent de 
piètre qualité. À la radio, un médecin fier de sa carrière nous dit : «J’ai de 
l’expertise. » Parlant de ses collègues, il récidive : «Ils ont assez d’expertise pour 
traiter les cas difficiles ». Non! Ces médecins bénéficient d’une expérience, acquise 
par la pratique. Ramuz ne s’y trompe pas, écrivant dans Aline: « (Les vieux ) ont 
amassé de l’expérience pour les jeunes ». Mais on confie à un antiquaire l’expertise 
d’un tableau, à un graphologue l’expertise d’une écriture. Même Michel Serres nous 
déçoit. Dans un hommage aux artisans, il nous parle de «transfert d’expertise», 
alors qu’il s’agit de « transmission d’expérience». Selon un syndicaliste, «le dépôt 
des candidatures échoue lundi», expression bien négligée pour dire que le délai imposé pour ce dépôt échoit lundi. Quand un journaliste écrit que les maisons d’un 
village africain ont « un toit de taule », fait-il allusion au style particulier des toits de 
prisons? Un autre évoque une image diffamatoire représentant Mahomet. Nuance! 
Diffamer, c’est accuser (à tort souvent), mais s’en prendre à un tabou passe pour un 
blasphème ; le dessin incriminé serait plutôt blasphématoire. La rime ne remplace pas 
la précision! Le langage commercial est souvent entaché d’impropriétés. Une lettre 
à un client mentionne:« Tout débit sur votre compte vous sera avisé.» Il est 
probable que le client sera avisé, si le débit lui est communiqué (confirmé, indiqué).

Les politiques abusent de leur « signal fort» pour qualifier une déclaration ou 
une décision capitale. Mais voici mieux : « Ce qui était une perspective est devenu 
une réalité forte. » La réalité ne peut être ni faible, ni forte, ni légère, mais elle est 
parfois cruelle, navrante ou réjouissante. J’ai relevé «un coup d’arrêt fort». 
Pourquoi pas brutal, brusque, net, voire inattendu? Et« un niveau d’exigence fort» 
n’ est-il pas élevé ou sévère, « une relation forte» plutôt étroite, fatale, durable, etc. ? 
Paradoxalement, l’adjectif d’intensité fort, quand il devient stéréotype, dénonce une 
faiblesse de l’expression !

Que de maladresses, de négligences, d’âneries! Un journaliste commentant les 
déboires du tourisme hivernal nous apprend que « de nombreux travailleurs ont 
quitté le haut (de la vallée) pour descendre en bas ». Un autre affirme que « tous les 
partis sont divisés et chacun défendent leur point de vue ». Quid d’une série télévisée 
comprenant «onze épisodes différents»? On n’ose imaginer qu’elle ait onze 
épisodes identiques ! Un reporter sportif estime que si un coureur gagne l’étape, 
«les autres suivent derrière». Et que penser de l’élégance de cette phrase proférée 
par une dame professeur à l’Université: «J’crois pas que le problème il est chez les 
politiciens. » C’est Gavroche qui parle ainsi. Serait-ce trop demander aux hôtes des 
studios de bien vouloir respecter les formes correctes du langage, en leur rappelant 
que les auditeurs ne sont pas forcément leurs copains de soirées choucroute?

Jacques Bron

L’UNIVERSITE FRANÇAISE VEUT CREER DES DIPLOMES EN ANGLAIS

Le Figaro Par Marie-Estelle Pech Publié le 13/03/2013 à  18:58 39

Avec son projet de loi, le ministère entend aménager la loi Toubon qui défend la langue française. Des écrivains s’en désolent.

À l’approche du Salon du livre, des écrivains commencent à s’émouvoir du contenu du projet de loi de Geneviève Fioraso. Des membres de l’académie des belles lettres ont évoqué cette semaine le sujet avec agacement: des cursus «entirely taught in English» («entièrement enseignés en anglais») pourraient bientôt se développer à ­grande échelle en France grâce au projet de loi de Geneviève Fioraso. Beaucoup d’universités et de grandes écoles en ont déjà créé, mais c’est illégal. Ils contournent la loi Toubon comme ils le peuvent. Des écoles se font ainsi encore régulièrement retoquer par la commission d’évaluation d’accréditation nationale des diplômes lorsqu’un intitulé est en anglais. La langue de l’enseignement et des ­thèses est le français, selon la loi Toubon, sauf exception. Les établissements dispensant un enseignement «à caractère international» ne sont pas soumis à cette obligation ainsi que celles accueillant un minimum d’étudiants ou de professeurs étrangers.

Avec son projet de loi, Geneviève ­Fioraso entend simplifier les choses. «Pour obtenir une dérogation, les réponses étaient très longues. On met fin à une hypocrisie. C’est un signe positif adressé aux étudiants étrangers anglophones», indique-t-elle au Figaro .«Nous comptons 12 % d’étudiants étrangers et nous souhaitons passer à 15 % d’ici à la fin du quinquennat.» Il ne s’agira pas pour autant de faire disparaître complètement l’enseignement de la langue française auprès des étudiants étrangers.

Les représentants de la Conférence des présidents d’université et de la Conférence des grandes écoles sont satisfaits de cette annonce, eux qui accusent depuis des années la loi Toubon d’opérer comme un «frein puissant» à la venue des meilleurs étudiants étrangers en France, notamment les Chinois et les ­Indiens. Aujourd’hui, environ 30 % des cursus en écoles d’ingénieurs sont déjà en anglais, 80 % dans les écoles de commerce. Une proportion comparable à l’université dans les masters en sciences «dures», en économie ou sciences de l’ingénieur. De Strasbourg à Paris-IV, du Havre à Tours, toutes les formations s’y sont mises.

«Langue internationale» Selon une enquête de l’Ined menée en 2008 auprès de 2000 directeurs de laboratoire de recherche, la suprématie de l’anglais est écrasante en sciences exactes, plus nuancée en lettres et sciences humaines. «Dans un laboratoire français de médecine, plus de la moitié des gens ne parlent qu’anglais! Nos évaluations de recherche se passent en anglais, nos projets européens se font en anglais et quand un professeur venu de l’étranger est accueilli dans nos universités, on lui parle anglais. C’est devenu la langue internationale, quoi qu’en pensent les esprits chagrins», note Jean-Loup Salzmann, le président de la Conférence des présidents d’universités (CPU), selon qui ces cursus pourraient aussi intéresser les étudiants français «réputés pour leur faible niveau en anglais». À l’université Toulouse-I, connue pour l’excellence de ses cursus en économie, la moitié des enseignants ne parlent pas français, «du coup nos cursus en économie et en droit se passent en anglais», expliquait également récemment son président. L’association de défense de la langue française a beau craindre depuis plusieurs années que «l’on se réveille dans un pays tout en ­anglais», la suprématie de cette langue paraît inexorable.

DERNIERES NOUVELLES DU FRANÇAIS

La Nation, no 1962 /  8 mars 2013, Alexandre Bonnard

Commentaire de l’article de MM. Gianni Haver 
et Antoine Chollet (réd : voir ci-dessus), tous deux enseignants-chercheurs à la Faculté des sciences sociales’ ès politiques, intitulé 
«Contre l’hégémonie de l’anglais » qui mériterait d’être cité en entier, mais dont 
nous reproduisons le dernier paragraphe:

«Ces évolutions servent en réalité deux objectifs: la fin des universités conçues comme des services publics, au sens le plus noble du terme, et l’ affaissement de la pensée critique au sein même des universités. L’espace d’autonomie et de liberté que nos institutions ont pu représenter, dans certains moments privilégiés, est en train de disparaître. On sent chaque jour davantage les ravages de ces transformations, et l’on désespère en constatant la faible résistance qui leur est opposée. Pour les chercheurs et chercheuses que nous sommes, ce qu’il est désormais urgent » d’imaginer, ce sont des stratégies de résistance. Et nous ajoutons qu’il faut le faire collectivement. »

Bien sûr, c’est David contre Goliath, 
mais il ne faut pas renoncer à la lutte. 
Félicitons en particulier l’association 
Défense· du français et ses initiatives 
bien ciblées.

Pour passer du scientifique au commercial et à sa publicité, nous tombons 
sur un article du Matin Dimanche, p. 33 
(si si, il vaut la peine de parcourir cet 
hebdomadaire où l’on trouvera toujours 
deux ou trois chroniques démentant le 
préjugé selon lequel la presse romande 
. est toujours de gauche, ne serait-ce déjà que la chronique de Me Bonnant, lequel 
fait ses délices de la provocation et fustige inlassablement Rousseau et le rous
seauisme) un article, donc, d’Ivan Radja 
intitulé «La croisade du gouvernement 
neuchâtelois pour promouvoir le terme 
 »soldes » au détriment de » sale » sera 
rude».

Dans l’ensemble, le moins que l’on puisse dire est qu’au cours de ces der
nières années la presse ne nous a pas 
donné une image particulièrement flat
teuse du gouvernement neuchâtelois. Il 
ne faut donc pas manquer l’occasion, 
même s’il s’agit d’un défi mineur par rapport à ceux que doit affronter ledit Conseil d’Etat, de le féliciter et plus par
ticulièrement le conseiller d’Etat Thierry Grosjean, initiateur de cette campagne.

L’insondable stupidité de cet angli
cisme, dont les francophones romands 
doivent périodiquement subir la vue, a 
quelque chose d’obscène.

Nous apprenons ainsi que Manor «ayant remarqué que l’anglicisme « sale » 
était· mal perçu en Suisse romande», 
avait décidé depuis quelques années 
d’utiliser le mot français « soldes » selon 
sa porte-parole. Bravo, cela mérite’ une 
médaille! COOP déclare que sa publicité 
est rédigée dans les trois langues, y compris, l’annonce du début des soldes, mais 
ne précise pas si la troisième langue est 
l’italien ou (ce qui est plus probable) 
l’anglais. D’autre part, on constate que, 
durant toute la durée des promotions, les 
succursales sont pavoisées de panneaux 
«sale», L’auteur de l’article saisit l’occa
sion de signaler qu’en tapant COOP sur 
Google on tombe sur «les nouveaux 
offres imbattables».

Mais Migros demeure intraitable et a 
opté une fois pour toutes pour le SALE, 
«compréhensible partout et sémantique
ment bien établi». Il en va de même 
chez Vogele, dont d’ailleurs Migros est 
actionnaire minoritaire. Donc pendant 
les soldes, si vous avez besoin d’une 
chemise, choisissez de préférence un 
magasin où l’on vend des habits 
propres.

Quant à C&A, ils déclarent avoir uti
lisé soldes, saldi et Sonderverkauf par le 
passé «mais la communication est plus 
claire avec le mot SALE» (sic).

Il ferait beau voir que ces entreprises 
tentent d’ouvrir des succursales au Québec, où le français est défendu férocement et où des dizaines de milliers de 
francs ont été dépensés il y a quelques 
années pour remplacer tous les signaux 
«Stop» par des signaux «arrêt».

Le seul moyen efficace de lutter 
contre ce barbarisme (parmi tant 
d’autres) serait de pouvoir réunir 
quelques milliers de consommateurs 
prêts à boycotter tous les commerces 
SALE jusqu’à ce que leur publicité 
redevienne propre.

Alexandre Bonnard

DÉPLAÇONS L’ACADÉMIE FRANÇAISE À DAKAR!

24 Heures   14 février 2013  Jean-Noël Cuénod

A Paris, le franglais a désormais acquis son droit de cité, à défaut de recevoir ses lettres de noblesse. Métro, bistrots, salles de rédaction bruissent de ces termes anglo-mollassons tels que l’omniprésent cool , le flasque «just (prononcez: «djeuste») pour le fun », le sciant «you see?» , le tendance brainstormer , l’ambigu pipe (prononcez: «païpe»; il se rapporte à un projet dans le «païpe-laïne»), l’agaçant surbooké.


Il y a aussi l’angoissant outplacement (reclassement professionnel), l’énigmatique stakeholder (on peut le traduire par «partie prenante», très utilisé par les journalistes économiques), le couple festif after work et happy hour (il s’agit des drinks proposés à bon marché par les bars à certaines heures, lorsque les cadres mal rasés s’imbibent après le travail). Et la ville de Claude Nougaro a pris pour slogan «So Toulouse! » (to lose ?).


Lorsque la ministre Christine Lagarde régnait sur Bercy, le signataire de ces lignes recevait des communiqués en anglais. Les banques françaises continuent d’en faire de même. Dans les deux cas, le but serait de satisfaire les correspondants étrangers. Merci pour les journalistes africains, québécois, belges, suisses et autres francophones! Un grognon réclame-t-il des Français qu’ils parlent français? Le voilà aussitôt rangé au rayon «ringards», pardon, has been .


Que fait la gardienne de la langue, l’Académie française? Elle roupille dans ses habits verts, au lieu de monter au créneau et de proposer des mots nouveaux pour franciser les termes issus des nouvelles technologies. Les Québécois, eux au moins, ont pris des mesures énergiques en imposant le français sur leur territoire, ce qui a permis à une île francophone de subsister dans un océan anglo-saxon.


Délocalisons donc l’Académie à Québec ou, mieux, à Dakar ou dans une autre grande capitale de l’Afrique francophone, puisque l’avenir de notre culture se joue dans ces métropoles émergentes. On y parle un français vivant, chatoyant, vibrant et qui se révèle d’une bien plus grande richesse que le lamentable sabir des Parisiens du XXIe siècle.


Les Africains savent adapter la langue aux usages actuels en choisissant des formules à la fois efficaces, drôles et poétiques. Ainsi, un «digaule» désigne-t-il un homme de grande taille, en référence au général de Gaulle. Le smartphone est appelé le «circulaire» (on peut circuler partout grâce à lui), une station-service devient une «essencerie», les tongs sont des «sans-confiance» ou des «en-attendant» (en attendant d’acheter de véritables chaussures). Et un Africain ne soigne pas son look , il «fait la beauté».


Contrairement au français des Africains, le franglais n’a rien d’inventif, il n’est qu’une copie servile de l’idiome dominant. Pour s’enrichir, le français doit certes se frotter à d’autres langues, mais tout en restant lui-même. Amis du Québec et de l’Afrique, sauvez notrelangue!


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CONTRE L’HEGEMONIE DE L’ANGLAIS

« Allez savoir » magazine Unil 24 jan 2013      Gianni Haver et Antoine Chollet.

Entre nous, chercheuses et chercheurs en sciences humaines et sociales, il est devenu courant de dénoncer la dictature de l’anglais dans nos disciplines, tout en continuant à rédiger dans cette langue des articles calibrés pour des revues qui les publient non pas en fonction de leur originalité scientifique, mais pour nourrir leur propre visibilité. La pression s’étend puisqu’il est quasi indispensable, même pour des postes de relève, d’afficher de tels articles sur son CV. Au niveau professoral, une postulation pourtant excellente risque d’être écartée si elle ne contient pas tant de publications dans cette langue. L’anglais devient la clé pour séduire les pairs et les experts détenant le pouvoir d’accorder des postes et des crédits.

Chose étrange, nos chercheuses et chercheurs subissent une situation qu’ils jugent déplorable du point de vue scientifique et humain, tout en se pliant à ces normes mondialisées : aucune résistance collective ne s’organise dans nos disciplines et nos institutions.

Systématiser la publication et les interventions en anglais ne peut relever que de la servitude volontaire. C’est faire allégeance à une puissance – notamment universitaire –dominante en se plaçant automatiquement dans une situation d’infériorité. Le spectacle de chercheuses et chercheurs, parfois confirmés, baragouinant un Pidgin English plus ou moins disgracieux serait risible s’il ne constituait pas le lot de plus en plus ordinaire de la communauté universitaire. La piètre qualité d’écriture de la plupart des articles rédigés en anglais par des non-anglophones inspire les mêmes sentiments. Il ne s’agit pas, en effet, d’une lingua franca que personne ne maîtrise comme sa langue maternelle. C’est, pour les millions d’universitaires non anglophones de par le monde, la langue de l’autre, et il s’avère que cet « autre » tire une partie de sa puissance de ce simple fait.

Les exemples, encore nombreux, de travaux ignorant les débats menés dans d’autres langues sur leur objet de recherche sont d’ailleurs tout aussi inquiétants. Une certaine pratique de l’anglais nous semble nécessaire et cette aptitude peut s’étendre à d’autres langues encore ; une connaissance au moins passive permettrait à la communauté universitaire de mettre en commun ces différentes lectures. Or, aujourd’hui, c’est moins de mise en commun que de sens unique qu’il s’agit.

La pensée n’est pas antérieure au langage. Condamner l’université, la recherche et la science au monolinguisme, c’est automatiquement les appauvrir. Soit parce que nos textes devront être traduits avant d’être diffusés, soit parce que nous nous efforcerons de penser dans une seule langue.

L’injonction à se plier à ce rituel absurde s’inscrit dans un mouvement d’ensemble de la recherche et des universités, visant à faire de ces dernières un grand marché homogénéisé et standardisé au sein duquel les personnes et leurs « productions » se trouvent en perpétuelle concurrence. La qualité desdites productions – livres, articles, interventions, organisations de rencontres, etc. – est devenue bien secondaire, seule compte leur quantité. Les universitaires sont ainsi animés d’une véritable frénésie qui produit tout sauf des travaux créatifs, originaux, inventifs. La contrainte du nombre ne peut conduire qu’au mimétisme des thématiques et des concepts, travers de plus en plus fréquent puisque cette répétition garantira les meilleures chances de publication. Le monolinguisme intégré comme une évidence creuse cette dérive.

Ces évolutions servent en réalité deux objectifs : la fin des universités conçues comme des services publics, au sens le plus noble du terme, et l’affaissement de la pensée critique au sein même des universités. L’espace d’autonomie et de liberté que nos institutions ont pu représenter, dans certains moments privilégiés, est en train de disparaître. On sent chaque jour davantage les ravages de ces transformations, et l’on désespère en constatant la faible résistance qui leur est opposée. Pour les chercheurs et chercheuses que nous sommes, ce qu’il est désormais urgent d’imaginer, ce sont des stratégies de résistance. Et nous ajoutons qu’il faut le faire collectivement.


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Un fascicule pour aimer la poésie

La découverte de la poésie est devenue aventure d’exploration, de connaissance, de découverte. Aventure d’être et aventure de langage, elle mérite d’être connue et authentiquement partagée. Priver nos jeunes de poésie, ce serait donc les empêcher de penser autrement le monde, de découvrir les infinies possibilités du langage et de mettre en œuvre leur pensée créatrice.

Jean-François Martin*, doyen de l’Etablissement secondaire de Vevey a pris l’initiative de publier un fascicule de quelque 24 pages (format A4) intitulé « Lectures à travers l’histoire de la poésie française ». Ce recueil (publication interne) offre aux élèves le loisir d’entrer dans le monde de la poésie et d’en découvrir les lettres de noblesse, ainsi que de développer le goût, voire l’envie de découvrir par eux-mêmes d’autres œuvres poétiques que celles étudiées en classe !

Selon le niveau scolaire des élèves, ce fascicule donne des clefs pour:

  • Rechercher le sens des mots difficiles
  • Donner quelques informations sur l’auteur et le texte, leur époque, leur place dans la littérature
  • Identifier et expliquer les personnages, lieux, événements évoqués dans le poème
  • Présenter la forme du poème: vers, mètres, strophes, rythme
  • Identifier les champs lexicaux principaux
  • Identifier et expliquer les comparaisons, métaphores, métonymies, personnifications
  • Mettre en évidence les sentiments exprimés
  • Résumer, en une ou deux phrases, ce que l’auteur exprime dans ce poème.

Une petite histoire de la poésie ouvre le fascicule. Puis les élèves ont le loisir de découvrir par exemple des textes de Ruteboeuf, Othon de Grandson, François Villon, Charles d’Orléans, Pierre de Ronsard, Alfred de Vigny, Gérard de Nerval, Arthur Rimbaud, Guillaume Apollinaire, André Breton, Raymond Queneau, Jacques Brel, Georges Brassens, de Charles-Ferdinand Ramuz, Jean Villard Gilles, ainsi que de bien d’autres poètes. Un vrai moment de bonheur.

François Berger

*jfmartin.vevey@bluemail.ch

EVOLUTION

Je n’apprendrai à personne que les «gens d’armes» d’autrefois sont 
devenus les «gendarmes» d’aujourd’hui, par phénomène d’agglutination. 
On sait aussi que ‘notre «lierre» fut jadis «l’ierre ». À l’inverse, la cerise 
aigrelette que nos lointains ancêtres appelaient légitimement «1′ agriotte » 
s’appelle maintenant « la griotte ». Quant à l’expression « belle lurette », elle 
dérive de «belle heurette », il y a (belle heure, beau temps ». Une évolution 
d’un autre genre est celle de «baldacchino» (prononcé kino), mot qui 
désignait en Italie médiévale une étoffe de soie «de Bagdad ». Rabelais, cet 
infatigable créateur de mots, en a fait «baldachin », qui prit le sens de 
tenture, puis de ciel de lit et de dais (d’un trône, d’un autel) avec 
l’orthographe francisée de «baldaquin ». L’ancien verbe «partir », resté 
proche du latin, signifiait partager. Les héraldistes parlent d’un écu parti, 
certains comédiens de la commedia dell arte portent un habit mi-parti (de 
deux couleurs), et le parti politique réunit ses partisans, bien séparés des 
autres opinions. « Il a pris mon parti », dit-on de quelqu’un qui est de mon 
camp, qui s’est donc éloigné des autres. L’expression « maille à partir » fait 
allusion à la maille, la plus petite pièce de monnaie; on ne pouvait 
prétendre la partir, la diviser, sans se disputer. Mais attention! Lorsqu’on 
dit : « Ce malotru m’a pris à partie », il s’agit de tout autre chose. On parle 
alors de la partie adverse dans un tribunal, celle qui s’oppose à moi, qui 
m’attaque. C’est tout le contraire de «il a pris mon parti» ! Voilà de ces 
subtilités qui rendent notre français attrayant comme un jeu, subtil, 
savoureux, stimulant l’esprit. Qui songerait à simplifier les règles du rugby, 
du billard ou du bridge, sous prétexte qu’elles sont compliquées ?

L’évolution de la langue, est faite de glissements de sens lents, 
prudents, presque insensibles, de modifications de la prononciation ou de 
l’orthographe légères, peu à peu affirmées, amenées par l’usage populaire 
souvent, ou par les écrivains qui s’en font les garants, après que des érudits 
les eurent proposées. Elles n’écartent pas les difficultés, qui subsistent 
parfois jusque dans la compréhension. Mais elles ne violentent pas la 
langue, elles ne l’enlaidissent pas, ne l’alourdissent pas, ne remplacent pas 
un terme précis par un substitut vague, ne préfèrent pas à la clef fine un 
grossier passe-partout. Quand stimuler, attiser, activer, accélérer, encourager, aiguiser, exciter cèdent la place à booster, ce n’est pas une évolution, c’est une 
rupture, un appauvrissement. Quand plus personne n’utilise magnifique, splendide, merveilleux, féerique, grandiose, somptueux, mais que tout devient super ou génial, que ce soit un dessert, un film ou une nuit à Venise, c’est un 
naufrage, une amnésie culturelle. Et je ne vois aucune évolution entre 
« mon ordinateur personnel» et « mon ordi perso. » Non, la langue n’évolue 
pas ainsi, en s’abâtardissant. Elle pourrit, elle dégénère, elle agonise.

Jacques Bron

HISTOIRE D’ORTHOGRAPHE ET D’HOMONYMIE

B. et M. DUNANT-DEDYE
Av. Mirany 11
CH-1225 CHENE-BOURG

ASSOCIATION DEFENSE DU FRANÇAIS
Case postale 68
1001 LAUSANNE




Chêne-Bourg, le 9 octobre 2012


Mesdames, Messieurs,


Merci pour les divers messages de la ‘Feuille de route’, toujours appréciés. Nous luttons contre l’un des anglicismes de plus en plus présent dans le langage courant: le ‘FLYER’ , Pourquoi, de grâce, faut-il voir ce papillon voler de phrase en phrase lors de diverses présentations ou publicités. Dans notre paroisse, ce mot est dorénavant banni au profit de ‘feuillet’ ou ‘papillon’, ce qui va tout aussi bien.


Et maintenant, histoire de torturer un peu nos méninges, nous proposons quelques mots d’une impossible orthographe:


- En vue de ma nuit en cabane, je prends une taie d’oreiller, le thé pour le matin, et mon té d’architecte, puis pose mes trois TE-TAlE-THE … sur la table.


- Mon copain brocanteur me vend un très ancien Saint-Archibald, portant gravé sur son sein le seing de l’artiste. Une pluie soudaine hélas abîme ces précieux SAINT-SEIN-SEING …


- A cheval, le sot du village transporte le seau des pompiers, muni du sceau de la mairie. le cheval fait un saut, et voilà les trois SOT-SCEAU-SEAU par terre …


- Grande fête au palais. Le cuisinier s’affaire autour de la palée tandis que des sportifs rangent les palets de leur jeu. Horreur, un incendie éclate, consumant les PALAIS-PALEE-PALETS …


- En visite en Egypte, nous retrouvons une effigie du dieu Baal. D’alertes paysannes secouent leur blé pour en détacher la balle, alors que les jeunes jouent gaiement à la balle. Au soleil couchant, tous ces BAAL-BALLE-BALLE s’illuminent …


Voilà, on pourrait en trouver d’autres, c’est juste histoire de s’amuser. Veuillez recevoir, Mesdames, Messieurs, mes salutations les meilleures.



M. Dunant

CONSTITUTION GENEVOISE : INNOVATION REJOUISSANTE

La nouvelle Constitution adoptée ce 14 octobre à Genève contient une innovation réjouissante :

Le texte prévoit à son art 5.2 que « L’Etat promeut l’apprentissage et l’usage de la langue française. Il en assure la défense ». Pour L’Association « Défense du français » qui avait émis cette proposition, c’est une importante décision dans une ville internationale.

La disposition vise en particulier les publications officielles, de même que l’ensemble des activités publiques. M. François Longchamp, Conseiller d’Etat a déjà apporté sa contribution en remplaçant « Geneva Palexpo» par «Palexpo, Genève» et en donnant à Cointrin la dénomination d’ «Aéroport international de Genève». Il est à souhaiter que cet esprit gagne également les organisations internationales où le français est de plus en plus relégué.

Le canton du Jura s’est également doté d’une loi sur l’usage de la langue et il est à espérer que d’autres cantons romands s’inspireront de ces exemples. En effet, le français n’est pas qu’un outil de communication, mais le fondement de notre culture. Une protection s’impose face aux anglicismes qui le polluent.

L’Association, présidée par Didier Berberat, Conseiller aux Etats se réjouit de l’adoption à Genève de la nouvelle Constitution.

LE FRANÇAIS EST-IL UNE LANGUE ANIMALE ?

Une langue riche ! Le français ? Une langue  animale..! La preuve

«Rusé comme un renard» «serrés comme des sardines»… les termes empruntés au monde animal ne se retrouvent pas seulement dans les fables de La Fontaine, ils sont partout.

– Que vous soyez fier comme un coq, fort comme un boeuf, têtu comme un âne, malin comme un singe ou simplement un chaud lapin, vous êtes tous, un jour ou l’autre, devenu chèvre pour une caille aux yeux de biche.

– Vous arrivez à votre premier rendez-vous fier comme un paon et frais comme un gardon et là, … pas un chat! Vous faites le pied de grue, vous demandant si cette bécasse vous a réellement posé un lapin.

– Il y a anguille sous roche et pourtant le bouc émissaire qui vous a obtenu ce rancard, la tête de linotte avec qui vous êtes copain comme cochon, vous l’a certifié: cette poule a du chien, une vraie panthère! C’est sûr, vous serez un crapaud mort d’amour. Mais tout de même, elle vous traite comme un chien.

– Vous êtes prêt à gueuler comme un putois quand finalement la fine mouche arrive. Bon, vous vous dites que dix minutes de retard, il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard. Sauf que la fameuse souris, malgré son cou de cygne et sa crinière de lion est en fait aussi plate qu’une limande, myope comme une taupe, elle souffle comme un phoque et rit comme une baleine. Une vraie peau de vache, quoi! Et vous, vous êtes fait comme un rat.

– Vous roulez des yeux de merlan frit, vous êtes rouge comme une écrevisse, mais vous restez muet comme une carpe. Elle essaie bien de vous tirer les vers du  nez, mais vous sautez du coq à l’âne et finissez par noyer le poisson. Vous avez le cafard, l’envie vous prend de pleurer comme un veau (ou de verser des larmes de crocodile, c’est selon). Vous finissez par prendre le taureau par les cornes et vous inventer une fièvre de cheval qui vous permet de filer comme un lièvre.

– C’est pas que vous êtes une poule mouillée, vous ne voulez pas être le dindon de la farce. Vous avez beau être doux comme un agneau sous vos airs d’ours mal léché, faut pas vous prendre pour un pigeon car vous pourriez devenir le loup dans la bergerie.

– Et puis, cela aurait servi à quoi de se regarder comme des chiens de faïence? Après tout, revenons à nos moutons: vous avez maintenant une faim de loup, l’envie de dormir comme un loir et surtout vous avez d’autres chats à fouetter.

Animalement…

Homographes non homophones

Homographes non homophones
Homographes homophones
Homophones

En français : deux mots composés des mêmes lettres se prononce toujours de la même façon !

En êtes vous bien sûr ?

Voici quelques exemples d’homographes de prononciations différentes !
(Homographes non homophones)


Sortant de l’abbaye où les poules du couvent couvent, je vis ces vis. Nous portions nos portions, lorsque mes fils ont cassé les fils. Je suis content qu’il vous content cette histoire. Mon premier fils est de l’Est, il est fier et l’on peut s’y fier, ils n’ont pas un caractère violent et ne violent pas leurs promesses, leurs femmes se parent de fleurs pour leur parent. Elles ne se négligent pas, je suis plus négligent. Elles excellent à composer un excellent repas avec des poissons qui affluent de l’affluent. Il convient qu’elles convient leurs amis, elles expédient une lettre pour les inviter, c’est un bon expédient. Il serait bien que nous éditions cette histoire pour en réaliser de belles éditions.


Voyons aussi quelques exemples d’homographes de même prononciation
(Homographes homophones)


Cette dame qui dame le sol Je vais d’abord te dire qu’elle est d’abord agréable. A Calais, où je calais ma voiture, le mousse grattait la mousse de la coque. Le bruit dérangea une grue, elle alla se percher sur la grue. On ne badine pas avec une badine. en mangeant des éclairs au chocolat à la lueur des éclairs. En découvrant le palais royal, il en eut le palais asséché, je ne pense pas qu’il faille relever la faille de mon raisonnement.


Voici le meilleur exemple d’homophone (mot de sens différent mais de prononciation identique)

le ver allait vers le verre vert

PETITS ACCIDENTS ET GROSSES BOURDES

Les gens qui font profession de leur parole n’en sont pas toujours maîtres. Les 
journalistes nous le prouvent tous les jours. Ils pâtissent, il est vrai, de la hâte qui les 
presse souvent, et les compétences grammaticales, malheureusement, ne sont pas 
des automatismes. Voici trois exemples authentiques relevés dans la presse écrite:

Pourquoi la police coûte-t-elle si chère..? Une réalité mise à nue...  Courrez acheter le 
dernier volume…  Journalistes, révisez vos connaissances ..!

La grammaire, avec ses accords subtils, n’est pas toujours la cause des 
dérapages. Le simple bon sens devrait interdire les absurdités. Est-il admissible 
qu’une journaliste déclare à la radio que deux hommes « se trouvaient face à face 
l’un de l’autre» ? Qu’une autre demande: «Y a-t-il vraiment un recul en arrière?» 
Quant à la légende d’une photo montrant Maurice Herzog sur un pic enneigé, elle 
nous affirme que l’illustre alpiniste est « en amont du sommet ». Non! Il ne lévite 
pas! Il est déjà satisfait d’être « arrivé au sommet» ou d’avoir «atteint le sommet ». 
Mais pour certains, «en amont» a le charme de la modernité, d’où son emploi 
récent pour «plus tôt»: «Pour rectifier cette erreur, il faut agir en amont. » Et 
voilà un titre accrocheur: «Nouvelle planète découverte à Genève!» Vraiment? 
Derrière la statue de Jean-Jacques? Dans un supermarché? Rassurez-vous. Les 
astronomes de Genève l’ont décelée bien au-delà des Eaux-Vives et même de 
Cointrin! Passons à Lausanne, où les autorités décident de limiter les activités 
nocturnes dérangeantes. Selon le quotidien du lieu, un patron de club n’envisagerait 
en tout cas pas de « plier boutique ». Plus difficile, en effet, que de plier bagage !

Dans la gent politique, la lourdeur est proverbiale. Je relève dans le jargon 
parlementaire l’emploi systématique de la formule «demander à ce que»: «J’ai 
demandé à ce que la loi soit révisée. » Contorsion inexplicable. Il est si simple de dire 
«j’ai demandé que la loi soit révisée, je demande qu’on renonce, qu’on examine, 
etc. » Comme on dit «je propose que ». L’emploi de «à ce que» se justifie 
seulement après certains verbes : s’opposer à ce qu’on déboise, veiller à ce que la 
loi soit respectée. Éviter aussi la tournure« de manière à ce que»; la forme correcte 
est « de manière que» : «Arrivez tôt, de manière que chacun trouve une place … 
J’articule bien, de manière que tous me comprennent. » Plus sobrement, « afin que»

suffit, ou même «pour que» : Soyons brefs, pour qu’on nous écoute! Enfin je ne 
répéterai jamais assez que «en termes de », marque obsédante du snobisme 
contemporain, est une formule ridicule et dénuée de sens. Un critique musical 
trouve les bras d’un pianiste tentaculaires C!) « avec tout ce que cela suppose en termes de souplesse, de précision e, de résistance. » Supprimez « en termes de », et 
vous avez une phrase parfaitement claire et dénuée de prétention. Celui qui a écrit 
«un grand investissement en termes d’énergie» aurait pu se limiter à «un 
investissement en énergie », qui se comprend d’emblée, comme« un investissement 
en capitaux.» L’économie de mots est gage de clarté, et même d’élégance!

Jacques Bron

DES SERMENTS DE STRASBOURG (842) AU FRANÇAIS MODERNE

Douze siècles de langue française et de culture francophone »


Madame, Monsieur,
Chers Membres,

En partenariat avec la Maison des cantons et sous l’égide de l’Organe de coordination de la coopération terminologique dans le secteur public  (CoTerm) , la section de terminologie de la Chancellerie fédérale organise une conférence qui sera donnée par  Madame  Lenoble-Pinson , professeur  émérite de l’université de Bruxelles, le mercredi 17 octobre 2012 à 17h30 sur le thème :

Des Serments de Strasbourg (842) au français moderne :
Douze siècles de langue française et de culture francophone »

La conférence se tiendra à la
Maison des cantons,
Speichergasse 6, à Berne,
salle 075
Tél. 031 320 30 17

(attention : fermeture de la porte à 18h00 ! La Maison des cantons se situe, en arrivant de la gare, une rue avant le Musée des Beaux-Arts/Kunstmuseum de Berne)
>  
et sera suivie d’une discussion qui se poursuivra autour d’un verre de l’amitié.
>  
Les membres de diverses associations oeuvrant en faveur du français – dont Défense du français et le Fichier français de Berne – sont cordialement invités à cette manifestation. Le nombre de place étant limité, nous vous remercions de bien vouloir confirmer votre présence par un bref courriel à : p.bergen@kdk.ch.

Nous nous réjouissons de vous accueillir nombreux à cette occasion et vous adressons nos plus cordiales salutations.

Patrick Bergen
Traducteur à la Maison des cantons
Vice-président du Fichier français de Berne

Lettre Berne

COMMENT DIT-ON « MINIJUPE » EN LATIN ?

Comment dit-on « basket-ball » en latin ? Comment Tertullien s’y serait-il pris pour glisser un aéronef dans ses récits ? Que devient un playboy sous la plume d’Ovide ? Une minijupe sous celle de Catulle ? Une adresse mail chez Pline l’Ancien ? Des travellers cheques au temps de Virgile ?

Bien que mort, le latin est une langue encore très vivace au sein de l’institution catholique. Au Vatican, les distributeurs automatiques de billets donnent par exemple des instructions en latin, rapporte The Guardian <http://www.guardian.co.uk/world/2012/jun/28/inside-vatican-bank-silence-secrets-latin-cash-machines> . Mais le pape Benoît XVI entend aller plus loin : il veut ressusciter la langue de Virgile au sein de la société et particulièrement à l’école <http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/09/04/le-pape-veut-donner-un-nouveau-souffle-au-latin_1754668_3246.html> , rapporte La Stampa <http://vaticaninsider.lastampa.it/homepage/inchieste-ed-interviste/dettaglio-articolo/articolo/latino-latin-latin-papa-pope-el-papa-17766/> . Pour cela, il est devenu nécessaire d’introduire dans la langue latine les concepts de la modernité.

A cette fin, le Vatican va créer une nouvelle Académie de la langue latine, et la fondation Latinitas du Vatican a déjà créé un lexique de mots modernes traduits en latin <http://www.vatican.va/roman_curia/institutions_connected/latinitas/documents/
rc_latinitas_20040601_lexicon_it.html
> , le Lexicon Recentis Latinitatis, précise Quoi.info <http://quoi.info/actualite-international/2012/09/04/comment-dit-on-internet-et-mini-jupe-en-latin-1149314/> . L’occasion, au détour d’un petit voyage anachronique, de voir comment « un barman en jean travaillant à la discothèque de l’ONU s’y prendrait, en bon playboy qui aurait oublié de mettre du déodorant, pour récupérer l’adresse mail d’une jeune punk en minijupe faisant du mountain bike ».

  • Adresse  mail : inscriptio cursus eletronici
  • Apartheid  : segregátio  nigritarum
  • A  priori : ex  antecapto iudício
  • Barman  : tabernae  potóriae minister
  • Basket-ball  : follis  canistrīque ludus
  • Best-seller  : liber  máxime divénditus
  • Blue-jeans  : bracae  línteae caerúleae
  • Cigarette  : fistula  nicotiana
  • Déodorant  : foetōris delumentum
  • Discothèque  : taberna discothecaria
  • Drogue  : medicamentum  stupefactīvum
  • Enfant  gâté : puer  indulgéntia depravatus
  • Egoïste  : sui cómmodi studiosus
  • Gangster  : gregalis latro
  • Mountain  bike : bírota montāna
  • Minijupe  : tunicula minima
  • ONU  : Unitarum  Nationum Coetus
  • Ordinateur  : instrumentum  computatorium
  • Punk  : punkianae  catervae ássecla
  • Série  TV : fabula  televisifica

UN HÉRITAGE GALVAUDÉ

On parle beaucoup de nos patrimoines. Ils sont innombrables : la 
forêt, le cervelas, le vignoble, le yass, le yodel, le château de Chillon, tout 
est patrimoine à sauvegarder. Sauf la langue. On peut la malmener à loisir, 
personne ne se révolte, sinon ici et là un Don Quichotte vite qualifié de 
réac, de dinosaure, de vieux chnoque ennemi de la modernité. Pourquoi un 
tel mépris ? Des musiciens font des prodiges pour rendre l’exécution d’une 
œuvre baroque conforme à l’original: on les admire. Les restaurateurs de 
monuments s’échinent à respecter le style des époques révolues: on les 
félicite. Des cuisiniers reconstituent des recettes du terroir: on leur accorde 
une étoile. Mais si vous prétendez conserver le bon usage d’un français qui 
nous a été légué par des écrivains aussi bien que par des gens de métiers, 
des prédicateurs, des juristes, on ricane en vous expliquant que la langue 
évolue. (Vous écrivez encore à la plume d’oie?) Il faut donc mettre au 
crédit légitime de l’évolution de la langue des tournures comme « débuter la 
fabrication, booster les ventes, impacter le cursus, opter pour le bon deal, 
un investissement en termes d’énergie.» Étrange évolution que cette 
dégradation! Qui dira d’un vin bouchonné qu’il a évolué?

Les bonnes vieilles règles et les acceptions strictes sont balayées sans 
complexe au profit d’une liberté d’expression iconoclaste. À chacun son 
droit de traiter la langue selon sa fantaisie (ou son ignorance). J’ai entendu 
sur nos ondes annoncer que «les averses allaient se succéder les unes aux 
autres.» Parlant d’un ministre on a dit: « C’est à lui qu’a échoué le 
portefeuille des Finances». De la bouche d’un universitaire est tombé ce 
défaut de concordance: « Sans se perdre dans des débats de spécialistes, 
posons-nous la question. » En l’occurrence, il fallait dire « sans nous perdre,

puisque le verbe de la principale est à la première personne du pluriel. Mais 
la faute est fréquente: «Mettons-nous sous cet arbre pour se reposer; nous nous ferons servir un bon repas pour se réconforter, ce qui nous permettra 
de se remettre en route en bonne forme. » Mon journal fait état des trois 
voix de l’école vaudoise (à propos des filières) et signale la découverte de plans de chanvre. Toutes ces négligences sont inquiétantes, car «le 
galimatias contamine la pensée », nous dit Vialatte, qui ajoute: « Parler 
faux, parler vague, amène à penser faux, à penser vague. » J’en veux pour 
preuve le fait que nos vieilles locutions ne sont plus comprises, ou sont 
citées de travers. J’ai lu qu’un député « avait eu bon dos de rétorquer », ce 
qui signifie qu’il avait eu « beau jeu» de rétorquer. Il paraît qu’un chef de 
service n’a trouvé « qu’une solution de bouts de chandelles.» On pourrait 
citer des dizaines de ces approximations, qui ne sont pas toujours cocasses. 
Pour le dessert, savourez cette délicate conclusion d’une journaliste de la 
radio: «Fermons la parenthèse … entre guillemets! »


Jacques Bron

2012 COOP Sale


Daniel Favre, secrétaire général

Cure 4

1066 Epalinges



Direction régionale de COOP

Ch de Chêne 5

1020 Renens


Monsieur le directeur,

Nous sommes submergés de réactions concernant certains de vos magasins, dont COOP-CITY à Lausanne. Pourquoi tant salir vos superbes étalages et polluer notre langue avec le mot « SALE ». Je crois que cette fois vous battez tous les records en Suisse romande de « SALE » au mètre carré !


Le mot « SOLDES » , « SOLDES à 50% » serait tellement plus adéquat et ne fâcherait pas un grand nombre de vos clients. Nous sommes d’autant plus surpris que nous avions constaté une diminution du jargon anglo-saxon chez COOP et que nombre de vos grands concurrents ont su prendre le virage pour défendre notre langue et notre culture face à la déferlante américaine.


Dans l’attente d’une réponse de votre part, nous vous adressons, en français, nos salutations les meilleures.


Epalinges , le 23 juillet 2012

DIRE ET FAIRE

Il n’échappe à personne que la langue française subit les effets du relâchement 
général des exigences en tous les domaines. Les règles ont mauvaise presse, celles 
du savoir-vivre comme celles de la grammaire. Et pourtant on n’a jamais autant 
édicté de normes concernant les denrées alimentaires, le respect des minorités ou 
l’élevage des poulets. Pourquoi se passerait-on des lois du langage ?

Ignorant ce qu’est le niveau de langue, le potache s’adresse à son professeur comme à son copain: «J’suis vachement embêté     J’trouve plus ma docu sur ce mec de la Révolution … çui que vous en avez parlé » À l’inverse, les snobs de la parole se gargarisent des formules creuses. J’ai entendu à la radio cette phrase 
prudhommesque : « L’Alaska est l’État le plus étendu en termes de superficie.» 
L’auteur de cette tautologie dirait probablement que l’Everest est le plus haut 
sommet du monde en termes d’altitude ou que Lausanne dépasse les cent mille 
habitants en termes de population! Sans doute par crainte de tomber dans la 
trivialité, d’aucuns se complaisent dans l’emphase. Que de fois entend-on qualifier 
d’ «hallucinant» ou de «surréaliste» un événement tout bêtement surprenant, 
insolite ou incroyable.

Dans les écoles de mon enfance, on faisait la chasse au verbe faire, qu’il fallait 
remplacer par exécuter, confectionner, fabriquer, construire, selon les cas. Un de 
mes instituteurs condamna la formule «faire une faute» d’orthographe ou de 
calcul; il fallait dire «commettre une faute». L’inspecteur qui se trouvait là par 
hasard intervint, et avec tact nous expliqua que «commettre» comportait une 
valeur morale, étrangère aux bourdes grammaticales ou arithmétiques! Par 
conséquent, notre maître, dans son excès de zèle, avait bel et bien «commis une 
faute» car il nous avait induits en erreur! Aujourd’hui, on ne fait plus rien, on 
effectue, on produit, on réalise : «Réaliser une avancée significative» équivaut à 
faire des progrès ! De même il est mal vu d’employer le verbe dire quand il existe 
déclarer, affirmer, signaler, indiquer. «L’ambassadeur a indiqué qu’il y avait des 
Suisses parmi les victimes.» Il y a pire. Certains journalistes affectionnent les 
tournures du genre: «Je suis serein, sourit l’accusé … » Des romanciers pas très 
regardants écrivent: «Tu me le payeras, grimaça le forcené …. Je n’accepterai 
jamais vos reproches, tempêta la furie échevelée … » Les verbes sourire, grimacer 
ou tempêter ne peuvent pas se substituer à dire, car ils ne sont pas transitifs. Il 
faudrait passer par le gérondif pour exprimer la nuance: « … dit-il en souriant … en 
grimaçant … etc. »

Deux tendances s’opposent: la vulgarité galopante et la recherche du clinquant.

Ne faisons pas dire aux mots ce \ qu’ils ne veulent pas dire ! Parlons sans afféterie, 
sans détours, sans surcharge. Soyons simples et directs, et tout ira bien!


Jacques Bron

AMELIORER LE FRANÇAIS A L’ANTENNE

Radio Télévision suisse, Le12 juin 2012

Message de Pascal Crittin. directeur du département « Affaires générales de la RTS »


« J’ai le plaisir de vous annoncer un nouveau dispositif à la RTS visant à améliorer la qualité de la langue française sur nos antennes.


Patrick Le Fort (journaliste à l’Actualité Radio) et Ambroise Jolidon (chef d’antenne de La Première) ont repris le flambeau de nos anciens collègues Claude Froidevaux, Jean-Claude Arnaudon et Michèle Jaccard (entre autres) en se prêtant au jeu de l’écoute critique – et constructive – de nos émissions et en publiant une lettre d’informations sur Intranet (en annexe).


Es-fonction, ces collègues travaillent plutôt sur la radio, mais les virus se transmettent allègrement de la radio à la télévision et vice versa, et leur lettre est publiée dans l’ensemble de l’entreprise, de sorte qu’elle va profiter à tout le monde ».

«L’ANGLAIS N’INFLUENCE PAS PLUS LE FRANÇAIS QUE L’ALBANAIS»

24 Heures, 3 juillet 2012 – Interview: Sandrine Perroud


Le premier forum mondial de la francophonie a ouvert lundi à Québec. Cette rencontre se présente comme beaucoup plus vindicative que les Forums de la francophonie traditionnels, avec en ligne de mire la défense acharnée du français face à l’invasion de l’anglais dans notre langage quotidien.


L’occasion de faire le point sur la santé du français en Suisse et sur la place occupée par l’anglais. Décryptage et pistes de réflexions avec le linguiste Alexei Prikhodkine, Maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne et spécialiste du suisse romand.


Comment se porte le français en Suisse?

Alexei Prikhodkine: En Suisse romande, le français est la langue officielle de nombreux cantons et est défendu comme telle. Ses habitants peuvent s’adresser à l’administration en français, de même que le français régit la plupart des interactions professionnelles et privées. Le français va donc plutôt bien. La place du français est en revanche remise en question en Suisse alémanique, où, dans certains cantons, l’anglais est en passe de devenir la première langue étrangère enseignée à l’école. Et vu que le suisse allemand n’est pas enseigné dans les écoles romandes, l’un des scénarios possibles est que l’anglais devienne la première langue d’échange entre les régions linguistiques suisses.


L’anglais est-elle toutefois la langue qui influence actuellement le plus le français en Suisse romande?

Tout dépend du domaine dans lequel vous travaillez. Je vois que vous êtes désignée dans votre email comme «web journaliste », par exemple, ce qui démontre un certain attrait pour l’anglais dans votre milieu professionnel. L’anglais est l’une des sources d’influence du français en Suisse romande, mais pas plus que d’autres langues de l’immigration, à l’exemple de l’albanais. Pour s’en rendre compte, il suffit d’écouter le «parler jeune» des adolescents. L’anglais jouit par contre de plus de visibilité et de prestige dans la mesure où ce sont souvent des acteurs sociaux hauts placés qui l’emploient.


Et sur les 10-20 dernières années, quelles tendances observe-t-on?

Une plus grande tolérance envers les variations régionales (septante, nonante, bancomat, linge, ramassoire, etc.) et sociales s’est développée, sous l’influence anti-autoritariste de mai 68, mais aussi de l’immigration, qui apporte aujourd’hui plus de diversité en termes de langues, de cultures et de religions qu’auparavant. Cette tolérance est aussi, paradoxalement, une conséquence de la disparition des patois en Suisse romande, qui a nécessité la création d’autres mots qui permettent d’exprimer une forme d’appartenance à une région ou à un milieu social, tout comme les dialectes auparavant.


La langue française traditionnelle n’existe donc plus en Suisse?

Il s’agit plutôt d’une «déstandardisation» de la langue, une tolérance accrue envers la variation et, par exemple, la créativité lexicale. On observe ce phénomène dans de nombreux autres idiomes d’Europe. Mais, il ne faut pas se méprendre, il existe toujours un certain idéal de la langue française, c’est-à-dire une croyance populaire qu’il y a des formes linguistiques plus correctes, plus belles, plus naturelles que d’autres. Et, par conséquent, une reconnaissance des niveaux de prestige de chaque variété linguistique: des emprunts à l’anglais feront «cool» ou «moderne», contrairement aux emprunts à l’arabe ou à l’albanais. Donc, on tolère plus de choses, sur le plan linguistique, mais cette tolérance a des limites autant sociales (un accent vaudois marqué passera moins bien dans certaines sphères) qu’ethniques (un accent turc, par exemple).


En tant que linguiste, comment réagissez-vous face à ceux qui pleurent la cannibalisation de la langue française par d’autres langues, et notamment par l’anglais?

Nous vivons dans une société multiculturelle et le français est beaucoup moins imperméable qu’auparavant. Ces discours relèvent donc pour moi d’une idéologie qui veut légitimer un certain ordre social. On ne sépare pas une langue de celui qui la parle: ainsi, en Suisse on qualifiera d’«expat» un anglophone, mais de «migrant» un albanophone. (Newsnet)


Dicos 2012

Le contenu de ces extraits de presse ne reflète pas a priori l’avis de la rédaction.


24 Heures  Vendredi 22 juin 2012


Dictionnaire

LES NOUVEAUX MOTS SONT «INDIGNES» OU «PSYCHOTER»


Le Petit Robert annonce des nouveaux vocables. Et il y a des spécificités suisses.


«Comater» (être dans un état de somnolence), «pipeauter» (baratiner) ou «psychoter» (avoir peur) ou encore une «marrade» (rigolade), «subclaquant» (qui est à l’agonie) et «gloups» (interjection d’étonnement), «à l’arrache» (à la hâte)… Autant de mots qui font désormais officiellement partie du lexique français puisque Le Petit Robert, l’un des dictionnaires de référence, a décidé de les intégrer dans son édition 2013.


Au total, ce sont 300 nouveaux mots ou expressions qui sont ainsi reconnues. Beaucoup viennent de l’actualité. Comme le thème de l’énergie avec «parc éolien», «marée verte» ou «gaz de schiste». De la crise économique: les «Indignés», «agence de notation» ou «dette souveraine». Ou encore «anosognosie», le trouble neurologique de Jacques Chirac.


La technologie apporte aussi son lot de nouveaux mots: «cyberdépendance», «billet» d’un blog ou encore «nuage informatique». La culture n’est pas en reste avec «biopic» (film biographique), «dystopie» (contre-utopie), «œuvre orpheline» ou «oscariser». Le succès de Jean Dujardin à Hollywood ne serait pas étranger à ce dernier mot. L’acteur français fait d’ailleurs également son entrée dans Le Robert des noms propres, aux côtés de Jodie Foster et d’Amy Winehouse .


Et la Suisse? Quatre mots et quatre personnages ont été introduits. «Dicastère», «district», «préfet» et «souverain». Ainsi qu’Urs Fischer (artiste zurichois), Herzog et de Meuron (architectes bâlois), Dieter Roth (artiste) et Luc Bondy (metteur en scène, acteur et réalisateur).


«Avant, explique Marinette Matthey, sociolinguiste chaux-de-fonnière et professeure à Grenoble, un mot devait durer 20-30 ans avant qu’il ne figure dans un dictionnaire. Aujourd’hui, on sent bien qu’il s’agit d’une démarche marketing et que certains mots ne resteront pas longtemps.» Mais pas de quoi s’inquiéter sur l’évolution de la langue: «Le vocabulaire s’enchirit, mais le corps de la langue est le même. Le jour où on se mettra à dire «ville bibliothèque», comme en anglais, à la place de «bibliothèque de la ville», là, il faudra s’inquiéter.»

Fabian Muhieddine


Marc Bonnant, avocat:  «Il faut toujours distinguer entre les dictionnaires qui prescrivent et proscrivent, comme le fait l’Académie, et ceux qui entérinent les expressions. Je préfère évidemment ceux qui exigent que ceux qui ratifient. Car dans la liste des nouveaux mots, beaucoup sont inutiles. Pourquoi utiliser «belgitude»  alors qu’il est plus beau de dire l’essence ou le génie du peuple belge. «Subclaquant»,  un mélange entre le populaire et le noble, une étymologie latine «sub» et l’argot «claquer»  pourrait m’amuser, mais je préfère le mot agoniser. Quant à «oscariser»,  le mot n’est pas joli. C’est un transitif absurde!»


Hélène Bruller, dessinatrice:  «Tiens, ils ont repris «gloups» . Ça vient de la BD, ça! C’est vexant que la culture française, qui nous a toujours pris pour des incultes, pique désormais nos mots. C’est culotté, mais c’est peut-être le prix de la reconnaissance. Moi, en tout cas, je n’aime pas avoir les mêmes tics de langage que les autres. Quand je vois que trop de gens utilisent le même mot, j’en change. Et je trouve donc dommage que des mots comme «comater» se retrouvent dans le dictionnaire. Je dois quand même confesser que je me suis mise au nouveau sens de «trop», comme dans trop bien ou trop cool. Mais celui-là n’est pas encore dans le dico.»


Christian Constantin, président du FC Sion:  «C’est drôle que vous me parliez de nouveaux mots. Je suis en train de lire le décret impérial du 28 décembre 1810 de Napoléon sur l’organisation du Valais. Et je comprends tout! Je ne suis pas sûr que, dans deux cents ans, ce sera encore le cas tant l’évolution de la langue française est désormais rapide. Dans la liste des nouveaux mots, «gloups»  me paraît inutile. «Psychoter»,  je préfère dire broyer du noir. Le seul véritable nouveau mot, c’est peut-être «Indignés», car c’est un véritable cri du peuple. J’espère simplement que le mouvement ne tombera pas dans l’indignation facile, où tout est dû.»

Votre avis nous intéresse

Changement de nom de l’Association

Ces derniers mois, l’Association Défense du Français a reçu plusieurs demandes proposant de de modifier une raison sociale apparemment peu dynamique. La notion de « défense du français » évoquerait plus un combat d’arrière-garde qu’un positionnement proche des premières lignes.

Il est vrai que la notion de défense implique prioritairement la nécessité de résister à quelqu’un ou à une attaque et de rejeter un agresseur souvent perçu comme mal venu. Certes les défenseurs de la langue de Voltaire sont là pour assumer ce rôle utile face aux germanismes et anglicismes envahisseurs ou à l’affadissement du français parlé et écrit. Et, sans nul doute, participent-ils ainsi de la promotion de cette langue!

Promotion, voilà le mot nouveau lâché! Et si l’Association Défense du Français s’appelait « Association Promotion du Français »?

Promouvoir, c’est mettre en oeuvre des projets, la création de quelque plan et programme, provoquer leur développement ou leur succès. Mais sans oublier qu’une attitude offensive relève aussi de la protection des acquis, donc de la défense un héritage! Si vis pacem, para bellum! Si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre! Cette maxime romaine n’est pas dénuée de toute sagesse. Pour autant que l’on choisisse en l’occurrence de donner à « bellum » …le sens plus pacifique de « promotion »!

Lors de la dernière Assemblée générale de l’Association Défense du français, chacun a pu constater que les avis étaient partagés. Défense? Promotion? Faut-il par exemple lier les deux propositions et parler de « Défense et Promotion du français »?

A vous membres de l’Association, internautes, passionnés du français de nous faire part de votre point de vue! Vos remarques et propositions seront publiées sur ce site. Par avance, merci! (FB).

Nos adresses:
Association Défense du Français
Case postale 68
1001 Lausanne

ou

defensedufrancais@defensedufrancais.ch

ou encore cliquer sur la page « le forum » du site Fondation Défense du Français.

SANS COMMENTAIRE !

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LA DESEXUALISATION SELON SANDRINE SALERNO

Le Matin 14. 06.2012 – Renaud Michiels.


(Ce texte est suivi d’une réponse de Maître Marc Bonnant sous le titre :
SALERNO! SALERNO! SALERNO! MORNE PLAINE!


La magistrate genevoise est critiquée pour avoir proposé aux fonctionnaires des cours d’écriture non sexiste. Mais de quoi s’agit-il exactement?

Dès aujourd’hui, la socialiste Sandrine Salerno propose un atelier pour écrire de manière «désexualisée».

Inutile. Lamentable. Ridicule. Risible. La conseillère administrative de la Ville de Genève Sandrine Salerno a été vivement critiquée pour avoir proposé aux fonctionnaires des ateliers pour apprendre à «désexualiser» un texte. Ces cours de langage dit «épicène» doivent permettre d’apprendre à écrire en respectant l’égalité des sexes. Ces formations, révélées par 20 minutes, débutent aujourd’hui.

Mais de quoi parle-t-on exactement? Consultante, autrice du «Dictionnaire féminin-masculin des professions», Thérèse Moreau est chargée de donner les cours voulus par la socialiste. Elle nous a donné quelques règles et exemples d’écriture respectueuse de l’égalité des sexes. Chacun jugera en connaissance de cause. Chacune aussi.


Règle No 1: féminiser (et masculiniser)

Oubliez: «le chef de service». Passez à: «le chef de service ou la cheffe de service». Il s’agit de féminiser les fonctions, titres, professions: la chancelière, la mécanicienne, la chauffeuse, la pastoresse, l’ingénieure. «Certains sont entrés dans les mœurs, d’autres pas», commente Thérèse Moreau. «Lors des cours, beaucoup disent qu’ils trouvent des termes féminisés «moches». Mais il faut se demander si c’est juste, pas si c’est beau.» A l’inverse, il faut aussi masculiniser ce qui ne serait qu’au féminin, même si c’est plus rare. Exemple: le sage-homme.


Règle No 2: utiliser le trait d’union

On ne marque pas les deux genres par une parenthèse: oubliez les employé(e)s. Pour les pros de la langue épicène, la parenthèse déprécie et les femmes ont été trop longtemps mises entre parenthèses. Il faut donc utiliser le trait d’union: les employé-e-s.


Règle No 3: respecter l’ordre alphabétique

«Les maçonnes et les maçons»? Ou les «maçons et les maçonnes»? Dans quel ordre faut-il écrire? Pas question de choisir la galanterie ni une primauté masculine: le français désexualisé propose donc de respecter l’ordre alphabétique. Ainsi, les maçonnes priment. Et on écrit: «les décorateurs et décoratrices», «les maires et les mairesses», «les plombières et les plombiers».


Règle No 4: accorder au plus proche

«Le chef ou la cheffe seront satisfaits.» Cette phrase et son «satisfaits» sont rejetés par l’écriture non sexiste, qui s’occupe aussi de conjugaison. Car de quel droit le masculin l’emporterait-il sur le féminin? Ainsi, l’écriture épicène recommande d’accorder au plus proche. Concrètement, il s’agit donc d’écrire: «Les serrurières et serruriers étaient contents.» Mais: «Les collaborateurs et collaboratrices étaient nombreuses.»


Règle No 5: user d’expressions génériques

«Les enseignant-e-s, les lecteurs et les lectrices, les client-e-s, les étudiant-e-s, les décorateurs et décoratrices»… En étant respectueux de l’égalité des sexes, les formulations deviennent longues voire indigestes. Les tenant-e-s du langage épicène conseillent donc d’utiliser des expressions génériques. Voilà le résultat: «le corps enseignant, le lectorat, la clientèle, le corps estudiantin, le personnel de l’entreprise de décoration». De la même manière, il est suggéré de parler de «droits de la personne humaine» plutôt que de «droits de l’homme», sauf si l’on se réfère au texte historique.


Règle No 6: feinter pour alléger

Ecrire de manière désexualisée surcharge. Mais de nombreuses techniques pour alléger le texte ont été développées. Exemple, pour une offre d’emploi, s’adresser directement aux destinataires: «Vous qui recherchez un travail» plutôt que «toutes celles et tous ceux qui cherchent un travail». Ou encore utiliser l’infinitif: «Condition avoir 18 ans» à la place de: «Le candidat ou la candidate devra avoir 18 ans».

Le contenu de cet extrait de presse ne reflète pas forcément l’avis de la rédaction.


Opinions

Le Matin Dimanche; 1er juillet 2012-Marc Bonnant


SALERNO! SALERNO! SALERNO! MORNE PLAINE!

Dans sa «Lettre sur les Spectacles» de 1758 adressée à d’Alembert, Rousseau vaticine: «faute de pouvoir se rendre hommes, les femmes nous rendent femmes». Constat et sombre prophétie aujourd’hui réalisée.


Cassandre a toujours raison.

Quelques générations de féministes furieuses ont réussi à châtrer la plupart d’entre nous. L’homme blanc est, désormais, psychiquement hongre ou chapon. Grâces soient ici rendues aux musulmans, dernier bastion de la virilité. Rousseauistes – j’évoque ici le chapitre V de l’«Emile» – ils savent encore assigner Sophie, recte: Aïcha, à la modestie, l’effacement et le dévouement dont certaines de nos jacasses indigènes, nos modernes compagnes, se sont désormais déprises. Elles font offense à la Nature.


Fin du singulier masculin donc.

Et voilà que les Erinyes s’en prennent au masculin pluriel. Au vocabulaire et à la syntaxe. Il-elle – devront être émasculé-e-s.

S’en prendre aux mots, c’est s’en prendre aux Lettres. C’est attenter à la langue. Elle n’est pas qu’un moyen d’expression, mais une représentation du monde. Elle a, avec la culture, un lien organique.

La langue est une espèce vivante… Elle naît, évolue. Ni les maladies de jeunesse, ni l’usure, ni l’oubli – la désuétude – ne l’épargnent. La langue est fragile et exposée. Il faut en avoir un soin écologique. Les linguistes savent ce qui la menace: les crimes de l’amour, les crimes de la liberté…


Les premiers conduisent au purisme, à une langue sacralisée, figée dans sa perfection. Avoir le XVIIe   siècle français pour seule et ultime référence est un crime de l’amour. Les seconds accueillent complaisants, voire serviles, tous les apports étrangers, créent des néologismes inutiles, consentent à l’effacement de la frontière entre l’écrit et l’oral. Ce sont les crimes de la liberté.

Quelques bien-pensants ajoutent à ces crimes coutumiers: au langage ils entendent mêler la morale. Pire, l’égalité.


Telle Mademoiselle Sandrine Salerno. Le vaste champ de nos défaites (d’où mon titre hugolien). Notre conseiller administratif est un pur produit de la démocratisation des études et de la porosité des classes sociales. Inculte pour avoir répudié tout héritage, elle est exemplaire de notre modernité. Nécessairement féministe si l’on me concède que le féminisme est d’abord la revendication et l’arrogance des déshéritées. Une femme de gauche en un mot…


Voilà qu’elle ose déclarer «qu’une langue n’a pas à être belle, mais doit être juste». Fossoyeuse du goût.

Ainsi surgit tout un vocabulaire euphémistique, non discriminant, respectueux de l’autre et de sa différence. Ni les nains, ni les aveugles, ni les sourds ne sont, désormais, appelés par leur nom. Ni les imbéciles dont on assure qu’ils ont l’intelligence du cœur.


Seule la culture, qui est tradition et usage, fonde la langue. Nos nouvelles Précieuses ridicules la créent par décret. Il s’impose, prescrivent-elles, de désexualiser le vocabulaire… en le féminisant. Roland Barthes, lors de sa leçon inaugurale au Collège de France, disait de la langue qu’elle est fasciste. Elle sera, désormais, féminine de surcroît.


L’Académie, qui règle depuis plus de trois cents ans «le plus bel usage de la Cour et de la Ville», est récusée parce que sexiste. Des cervelles idéologiquement embrumées ont excrété un «dictionnaire épicène». Feuilletant ce lexique, vous aurez retenu quelques perles de la novlangue salernienne. Bref spicilège: une «assesseuse», une «commise administrative», une «mairesse», une «prédécesseuse» et la délicieuse «sapeuse pompière». Le grotesque l’y dispute à l’incongru; la laideur au ridicule.


Aux fagots le Thesaurus de Jean Nicot, les dictionnaires de Furetière ou de Trévoux. Le Littré et le Dictionnaire de l’Académie encore. Et le Bescherelle. Un autodafé.

Sandrine Salerno, Thérèse Moreau (écrivaine obscure à qui l’obscurité seyait) et autres cuistres – voulez-vous cuistresses? – farandolent et s’esbatrent autour du feu. Lugubre et funeste Sabbat.

Marc Bonnant

LES REQUINS ET LES GLANDEURS

Le contenu de ces extraits de presse ne reflète pas a priori l’avis de la rédaction.


par Martyna Chyba, Migros Magazine, 20 mai 2012


(…) Tous les témoignages concordent: le monde merveilleux de l’entreprise est de plus en plus merveilleux. On pensait avoir touché le fond, eh bien non, on creuse.

D’abord, il y a désormais une bureaucratie qui donne envie de demander l’asile politique à l’Union soviétique des années 70. Le nombre de formulaires à remplir est proportionnel au nombre de sous-chefs, au nombre de séances et au nombre d’emmerdements informatiques (dire que les nouvelles technologies devaient nous simplifier la vie hahahaha. Pardon, c’est nerveux), et inversement proportionnel au nombre d’augmentations de salaire que vous avez eues ces vingt-cinq dernières années.

Ensuite il y a le langage. Oui, dans les entreprises on ne parle plus français. Et ce n’est pas vraiment de l’anglais non plus. Il s’agit d’un novlangue entrepreneurial consistant à dire les choses simples de manière compliquée. Par exemple le service immobilier s’appelle désormais Facility Management, «efficace» se dit «efficient», «avoir un effet» se dit «impacter», et j’en passe et des plus grotesques. Accessoirement, il faut aussi placer au minimum trois acronymes par phrase: quand tu auras fait ta GDI (Gestion des Dépannages Informatiques) il faudra revoir la DHG (Dotation Horaire Globale) avec la DRH (Direction des Ressources Humaines).

Et ne cherchez pas quelques (organi)grammes de douceur dans ce monde de brutes. Il n’y a que les requins et les glandeurs qui y survivent. Les requins vous connaissez: ceux qui vous écrasent sur le passage piéton pour avoir votre poste, qui s’approprient vos idées pour les présenter à la direction, qui acceptent les plus basses besognes pourvu que ça grimpe. Les glandeurs vous connaissez aussi: ceux qui surfent à plein temps sur Facebook et payés mieux que vous, ceux qui sont tellement nuls qu’on préfère les payer au prix fort à rien faire, et ceux qui construisent leur piscine à coups de notes de frais bidon.

Et les bons petits soldats qui font chrétiennement tout comme il faut? Mmmh? Allez, on va le dire en nov­langue. Ils font un burn-out, ils finissent HS et l’entreprise les envoie un jour «relever de nouveaux défis».


Le contenu de cet extrait de presse ne reflète pas forcément l’avis de la rédaction.

IL FAUT BOOSTER VOTRE VOCABULAIRE !

«Ce crouille gamin, avec sa berclure, a déguillé une tralée de pommes qui se 
sont éclaffées dans l’herbe. » Vaudois, vous m’avez compris 1 Tout ensemble social, 
toute profession, toute coterie a son jargon, dont les termes souvent pittoresques 
sont chargés d’infimes nuances. En même temps, ce langage marqué révèle et 
renforce l’identité du groupe. Les patoisants romands et les Suisses alémaniques 
fidèles à leurs dialectes ne disent pas autre chose.

Interrogés dans les médias, hommes politiques, chefs d’entreprises, dirigeants 
de syndicats, présidents de moult associations, tous s’expriment dans leur propre 
sabir. Or leur lexique, plus ou moins technique, plus ou moins anglicisé, a deux 
défauts majeurs, à première vue contradictoires : la pauvreté et le pathos. Pauvreté 
parce qu’il procède par stéréotypes inlassablement répétitifs, pathos parce qu’il 
trahit la prétention par le choix des termes les plus ronflants (pragmatique, pérenne, 
monétiser, instrumentaliser, dysfonctionnement … )

Un exemple entre vingt: le verbe booster qui fait florès dans le discours des 
parleurs dans le vent On veut booster la croissance, les ventes, les enthousiasmes, 
les troupes, les énergies, tout ce qui peut être encouragé, stimulé, poussé, activé, 
accéléré, accru, amplifié, développé, augmenté, renforcé, dopé, galvanisé. «Il faut 
booster les réseaux de soin», déclare un conseiller d’État, qui aurait mieux fait de 
dire « développer» ou « encourager». Il existe, selon, les contextes et la nature des 
sujets, une douzaine d’équivalents à· ce détestable et inélégant booster. Mais la 
misère langagière est si profonde, la paresse intellectuelle si crasse, le snobisme si 
contraignant que nos discoureurs se hâtent d’allonger la queue des admirateurs 
serviles de tout ce qui est « tendance ».

Même phénomène de ralliement moutonnier avec le mot impact. Ce terme 
caractérise une action violente (impact d’obus, impact de deux voitures.) Il équivaut 
à heurt, choc, collision, percussion. S’il s’agit d’une action progressive, insidieuse, 
voire douce, bénéfique ou maligne, il faut parler d’influence, de conséquence ou plus 
banalement d’effet. On· évitera de dire « la prévention n’a que peu d’impact sur les 
jeunes », pour préférer « peu d’influence ». Plutôt que « cette mesure a eu un impact 
immédiat sur la fréquentation», on choisira <<un effet immédiat ».

Cette carence du bagage lexical s’accompagne souvent d’à-peu-près grotesques 
dus à une connaissance approximative des locutions figées. J’ai entendu un 
monsieur très sérieux « s’élever en faux», alors qu’il voulait sans doute «s’inscrire 
en faux ». D’autres, croyant se donner des airs distingués, vous remercient d’un « je 
vous suis gré» inepte, car on ne peut que «savoir gré», c’est-à-dire savoir 
témoigner sa satisfaction. Notre langue regorge de richesses, mais elles semblent 
ignorées trop souvent par ceux-là mêmes qui devraient le mieux les exploiter.

Jacques Bron

Résistants

NESTLE, ENTREPRISE FRANCOPHILE

 

L’assemblée générale de la multinationale s’est tenue, comme chaque année, au Palais de Beaulieu en présence de plusieurs milliers de personnes venues de toute la Suisse et de l’étranger.

Une fois de plus, tous les exposés et les débats  étaient en français. Même une américaine patronne du secteur des céréales a pris la peine de s’exprimer dans notre langue.

La traduction simultanée était assurée en anglais et en allemand.

Nestlé reste attaché au franc suisse. Espérons que l’entreprise conservera une culture francophone, même si un grand nombre de ses dirigeants ne sont pas langue maternelle française.

Cela mérite bien un coup de chapeau et des fleurs.


Anglais, langue la plus difficile

LINGUISTIQUE. La majorité des petits Européens apprend à lire des mots simples en un an. Les Britanniques mettent deux à trois ans pour arriver au même résultat. La langue mondiale serait-elle particulièrement mal choisie ?


AU TEST DE LECTURE, L’ANGLAIS REMPORTE LA PALME DE LA LANGUE LA PLUS DIFFICILE

Les linguistes n’aiment pas parler de langues «faciles» ou «difficiles» : ils craignent les hiérarchisations. Pourtant, tout n’est pas relatif en matière d’idiomes. Et l’anglais est au centre d’un paradoxe : le cliché de «langue facile» lui colle à la peau. Or, dans le domaine de l’apprentissage de la lecture en tout cas, cette réputation est franchement à côté de la plaque.

Un professeur en psychologie cognitive, Philip Seymour de l’Université de Dundee en Ecosse, vient d’en apporter la preuve dans la plus vaste étude comparative menée jusqu’ici. Il a observé, dans 15 pays, des écoliers faisant leurs premiers pas en lecture. La plupart d’entre eux arrivent au bout d’un an à déchiffrer des mots simples. Les écoliers anglophones, eux, mettent deux à trois ans pour parvenir aux mêmes performances. Et la précocité de l’enseignement en Grande-Bretagne (5 ans) n’y est probablement pour rien, note Philip Seymour: les enfants Danois, qui abordent l’écrit à 7 ans, sont aussi dans le peloton de queue.. Avec eux, on trouve les Portugais et les Français. Mais le record de lenteur revient bel et bien aux anglophones.

Pourquoi ? C’est la nature même de l’anglais qui est en cause, pense Philip Seymour. Depuis quelques années, dans le cadre du même programme de recherche européen qui a permis l’étude écossaise, les linguistes ont identifié deux caractéristiques qui rendent les langues plus ou moins accessibles. La structure syllabique d’abord. Elle peut être toute simple, comme dans la syllabe ouverte de type «ba» familière aux langues romanes et aux bébés. Ou nettement plus complexe, comme dans la syllabe fermée aux deux bouts par un groupe de consonnes («sprint»). Seconde caractéristique: la simplicité ou l’«opacité» («depth») de l’orthographe. Les systèmes les plus simples offrent une correspondance constante et prévisible entre un son et une représentation graphique.

Dans les systèmes «opaques», cette correspondance est changeante et imprévisible. Or, de toutes les langues européennes, l’anglais est le champion des syllabes complexes et de l’orthographe opaque.
Au palmarès de la difficulté, les autres langues germaniques sont d’ailleurs aussi bien classées, tandis que les langues romanes se placent plutôt du côté de la simplicité. Mais la palme de la transparence revient au finnois, langue hors famille indo-européenne.

Comme quoi, il ne faut pas confondre exotisme et complication. Si l’anglais est particulièrement difficile d’accès pour les natifs, ne l’est-il pas aussi pour les autres? Philip Seymour n’entre pas en matière : ce n’était pas l’objet de son étude, dit-il. Un de ses confrères, le linguiste Mark Pagel de l’Université de Reading, n’hésite pas, quant à lui, à relever, dans le magazine New scientist de cette semaine, l’«ironie» qu’il y a à constater que «la lingua franca internationale est aussi la langue la plus difficile à apprendre». Et il rappelle que l’anglais ne s’est pas imposé grâce à une supposée «supériorité naturelle», mais par «accident historique». Selon le mot d’un autre linguiste, David Crystal *, la langue de la révolution industrielle s’est trouvée à plusieurs reprises «à la bonne place au bon moment».

Si donc le hasard a voulu que l’anglais devienne la langue globale, ce hasard aurait-il particulièrement mal fait les choses ? La question se pose dans un tout autre domaine que l’éducation, celui de la sécurité aérienne : on estime que 11% des accidents d’avion sont dus à une mauvaise communication linguistique. ** Les mêmes problèmes se produiraient avec n’importe quelle autre langue internationale, note David Crystal. Pas du tout, réplique Kent Jones, un ingénieur civil à la retraite habitant Chicago, et qui a fait de la «dangerosité» de l’anglais son cheval de bataille. Peu de langues comportent autant d’ambiguïtés, argue-t-il. Il est vrai que, pour des millions d’anglophones de fortune, une prononciation acceptable relève du rêve inaccessible. À propos, maîtrisez-vous les nuances entre «bate», «bet», «bit» et «beat» ?

Les spécialistes sont en tout cas d’accord sur un point: l’anglais est une «fausse langue facile» qui trompe son monde grâce à une grammaire avenante. Le plus amusant est encore de constater que certains continuent de célébrer cette prétendue simplicité dans un jargon incompréhensible qu’ils croient être de l’anglais.


* English as a global language, Cambridge University Press, 1997
** Fatal words : Communication clashes and Aircraft crashes de Steven Cushing, University of Chicago Press, 1994.
Anna Lietti
Source : LE TEMPS, journal du vendredi 14 septembre 2001

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