Archive pour août 2009
Histoire générale 10-15 août 1539
Quand le français remplaça officiellement le latin
Entre le 10 et le 15 août 1539, le roi François 1er signe une ordonnance de 192 articles dans son château de Villers-Cotterêts.
Cette ordonnance très importante institue en premier lieu ce qui deviendra l’état civil en exigeant des curés des paroisses qu’ils procèdent à l’enregistrement par écrit des naissances, des mariages et des décès. Une innovation dont les généalogistes mesurent pleinement la portée !
L’ordonnance établit par ailleurs que tous les actes légaux et notariés seront désormais rédigés en français. Jusque-là, ils l’étaient en latin, la langue de toutes les personnes instruites de l’époque.
Une administration plus accessible
L’ordonnance de Villers-Cotterêts, qui a été rédigée par le chancelier Guillaume Poyet, est parfois connue sous le nom de Guilelmine.
Son article 111 énonce joliment :
«Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l’intelligence des mots latins contenus dans lesdits arrêts, nous voulons dorénavant que tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, soit de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soit de registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques actes et exploits de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties, en langage maternel et non autrement».
De cet article, il découle que tous les sujets du roi pourront comprendre les documents administratifs et judiciaires…. sous réserve néanmoins qu’ils lisent et écrivent la «langue d’oïl» pratiquée dans le bassin parisien et sur les bords de la Loire.
(Source: internet> http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=15390810)
Histoires de TGV
La SNCF a l’art de créer avec quelque hyperbole de nouveaux noms de métiers. Les lignes qui suivent ne nous démentiront pas.
Contrôleur
Les contrôleurs de la SNCF s’appellent désormais: agent d’accompagnement.
TGV « dansant »
La SNCF vient de créer des trains de nuit « dansants » pour distraire les jeunes pendant les voyages de nuit. Que l’on n’oublie pas de donner au responsable des festivités le titre de capitaine de soirée.
La bariste du bar TGV vous proposera …
On a souvent pour habitude de critiquer les personnes ou les entreprises qui maltraitent la langue française. Aujourd’hui, je vais faire l’inverse en félicitant la SNCF : alors que je prenais un TGV pour me rendre à Paris, quelle ne fût ma surprise que d’être « invité à rejoindre le bar (jusqu’à rien d’anormal à cette démarche commerciale) où un bariste nous proposera …» .Un bariste ? J’ouvre mon dictionnaire et tombe sur la définition de barriste qui n’a rien à voir: Gymnaste qui exécute des exercices à la barre.Serait-ce plutôt un néologisme ? D’une certaine façon même si ce terme rejoindrait la définition du barista, mot d’origine italienne qui désigne un serveur au bar.
(Source: internet> http://www.gringoire.com/tgv-bar-bariste/)
*************
Météo: toi comprendre quoi moi dire ?
Il n’y a pas si longtemps, les journalistes qui lisaient les bulletins météo à la RSR le faisaient au futur, ce qui était somme toute assez logique pour parler du temps qu’il fera demain. Nouveau style désormais: lorsque M. Fauchère ne nous parle pas d’une voix chantante comme à des débiles légers, on nous décline toutes les prévisions au présent, genre: “Cet après-midi il y a du soleil, mais ce soir des nuages arrivent. Dimanche prochain une perturbation nous atteint, mais donne peu de pluie”.Non seulement on n’y comprend plus rien, mais on se dit que l’école genevo-vaudoise a encore plongé de quelques degrés. La RSR ne parvient manifestement plus à engager des journalistes qui parlent français, ce qui est tout de même préoccupant.
(source: http://www.commentaires.com/)
*************
Des mots anglicisés puis « refrancisés » !
Si l’on prend un dictionnaire de 35000 morts, c’est-à-dire un lexique de termes connus de tous, on constate qu’environ 13% sont d’origine étrangère, dont un quart seulement d’origine anglaise (environ 3% du total). Ce qui est peu au regard de l’incroyable vocabulaire que nous avons donné à la langue anglaise au Moyen Age : 50 à 60% de leurs mots viennent du français !Bon nombre d’anglicismes que nous trouvons aujourd’hui dans notre vocabulaire ne sont en fiat que des termes qui nous avaient été empruntées il y a quelques siècles.
(…)
Certains ont changé de forme, d’autres de sens, ce qui est normal après tant d’année d’exil. Cash est l’évolution du mot « caisse ». Interview vient de « entrevue », le sens du mot ayant évolué puisque l’interview est destinée à un public, alors que l’entrevue est plus générale, il s’agit de tous types d’entretiens. Rosbif vient du verbe « rôtir », rostir en ancien français. Computer a pour origine le verbe « compter ». Quant à test, il est directement emprunté à l’ancien français « test » qui désignait un pot servant à l’essai de l’or.
Pascale Certa – le français d’aujourd’hui, une langue qui bouge
(Source: http://www.gringoire.com/des-mots-anglicises-puis-refrancises/)
*************
Paradoxe : le parler québécois s’anglicise en voulant défendre le français !
« J’ai entendu tout à l’heure une chanteuse québécoise fière de dire qu’au Québec on écrit « star académie » (à la française) alors que l’émission en France s’écrit « Star Academy ».
Or la bonne traduction de « Star Academy » n’est pas « star académie » mais « académie de stars » (ou « académie d’étoiles »).
On est typiquement dans un cas où – sous prétexte de ne pas utiliser d’anglicisme – on crée une expression totalement bâtarde (vocabulaire français + structure anglaise).
Au moins l’expression « Star Academy » avait le mérite d’être claire : on sait que c’est de l’anglais. Personne n’utilisera de variante comme « française académie » (pour Académie française).
Je me demande si les jeunes Québécois qui suivent la « star académie » deviendront des « guitare professeurs » ou travailleront dans des « poste bureau » ??
Je serais curieux d’avoir l’avis de Québécois sur cette anglicisation structurelle (sous prétexte de défendre le vocabulaire français). »
(Source:
http://www.forum.exionnaire.com/
sujet-2364-paradoxe-le-quebecois-s-anglicise-
en-voulant-defendre-le-francais)
Que dire en nos contrées du « Montreux Jazz Festival »? Autres exemples à trouver!
*************
Des Etats généraux de la langue française et de la francophonie…
C’est ce qu’a demandé ardemment le 28 août l’AFAL, l’Association francophone d’amitié et de liaison, dans une lettre qu’elle a adressée au gouvernement :L’AFAL constate une désaffection croissante des pouvoirs publics français, notamment de plusieurs ministères, à l’égard de l’emploi public de la langue française au bénéfice quasi exclusif de la langue anglo-américaine. L’accélération de ce processus d’aliénation la conduit à juger urgente l’instauration d’un débat national de grande ampleur sur ce sujet vital pour la France.L’assemblée générale demande donc au gouvernement français de bien vouloir organiser au plus haut niveau de véritables Etats généraux de la langue française et de la Francophonie.
Pour plus d’informations, vous pouvez lire l’article d’Albert Salon, président de l’association Avenir de la Langue Française, sur le site revue-republicaine.fr.
Viols en séries
Les notions de genre et de nombre sont, je crois, parmi les premières que les écoliers abordent en grammaire. Les temps modernes, toutefois, sont en train de faire se lézarder ce modeste savoir. On connaît depuis quelques décennies le traitement que le féminisme fait subir au genre masculin, dénoncé, pourchassé, accusé d’être discriminatoire et infamant. La hargne s’acharne contre les substantifs qui n’ont pas d’équivalent féminin, ce qui nous vaut des monstres comme cheffe, ce terme épouvantable, contraire à tous les usages linguistiques, que même une Benoîte Groult, féministe patentée s’il en est, récuse avec horreur. Il est avéré en effet que, au féminin comme dans tous les dérivés des mots terminés par ƒ (neuf, bref, vif, clef, œuf et les autres) la lettre ƒ se change en v. A-t-on jamais dit ou écrit «la chétiƒƒe pécore» pour citer La Fontaine, ou « une couleur viƒƒe, une breƒƒe rencontre, la neuffième heure » ? A défaut de trouver du charme au titre de chève attribué à une femme dotée de pouvoir, on aurait pu accepter et même valoriser la façon de s’exprimer de millions d’ouvrières, de caissières, de vendeuses qui se font comprendre en disant simplement «( la chef», l’article suffisant à marquer le féminin. On écrit toujours la nef, non ?
Le nombre comme catégorie grammaticale, non soumis aux pressions du politiquement correct, est-il à l’abri des attentats? On pourrait en douter lorsqu’on relève dans les journaux et à la radio des bourdes inquiétantes. J’en citerai quelques-unes, pêchées en Suisse romande, contrairement à ce qu’on pourrait croire. J’entends sur les ondes, de la bouche d’une femme politique (donc pas forcément inculte) : «Un des principal arguments … » En l’occurrence, c’est l’oreille qui ressent l’accident, mais l’écrit n’est pas épargné. J’ai lu sur une affiche:«L’un des plus grand spectacle de la saison».
D’autres entorses, non moins lamentables, témoignent de l’incertitude grammaticale qui tend à se généraliser. Par exemple, émis au micro par la directrice (et non la cheƒƒe) d’un département de l’instruction publique (un comble!) ce chef-d’oeuvre: « Chaque canton pourront décider…» Une autre fois, un journaliste demande à un auteur : « Est-ce que chacun de ces deux livres sont de la fiction?» Cela ne va guère mieux dans la presse. Un titre énorme dans un quotidien vaudois proclamait au temps des élections américaines:« McCain et Obama s’estime chacun gagnant. » Décidément, le mot chacun tend des pièges insoupçonnés ! Enfin, toujours dans le même journal à la grammaire vacillante: « Seul lui et son fils s’en étaient aperçu. »
On se demande à quel sabir notre langue ressemblera dans vingt ans si l’on continue à en violer les règles aussi impudemment.
Question de mode
« Les CFF font beaucoup d’efforts en termes de confort et de sécurité… La police, en termes d’effectifs, a quelques inquiétudes … Ce modèle (d’aspirateur) est le plus performant en termes de bruit et d’économies d’énergie. » Trois exemples parmi cent, dans lesquels l’expression en termes de est employée abusivement, à la place de en matière de, dans le domaine de, en ce qui concerne … C’est devenu une pratique envahissante dans le langage courant, une véritable épidémie. On se demande bien pourquoi cette marotte a tellement de succès en dépit de son côté guindé et surtout de son inadéquation. Car enfin, en termes de implique. .. des termes, des mots, des expressions. «Ah! qu’en termes galants ces choses-là sont mises!» s’exclame un personnage du Misanthrope. Il est correct de l’employer dans les exemples suivants: «En termes de navigation, gauche et droite se disent tribord et bâbord.» Ou encore: «Cette manie, en termes de psychiatrie, s’appelle trouble obsessionnel compulsif ».
On ne saurait donc utiliser en termes de lorsqu’il s’agit d’une caractéristique, d’une catégorie, d’une activité. Le mieux, comme toujours, est de s’en tenir à la sobriété, en recourant quand c’est possible aux simples prépositions en ou pour. Au lieu de « nos prestations sont les meilleures en termes de coût et de rapidité », on énoncerait « en coût et en rapidité », qui est tout aussi clair. Autre cas : à la place de « cette initiative est bénéfique en termes de culture et de prévention », on préférera « pour la culture et la prévention ».Mais c’est sûrement beaucoup demander aux adeptes de la fausse élégance, aux snobs prompts à adopter la dernière tournure en vogue, qui sont rapidement suivis par d’innocents imitateurs qui croient «être tendance» en s’emparant d’expressions aux allures pompeuses.
Chaque époque a connu ses modes vestimentaires et ses tics de langage.
Que l’on songe aux précieuses si bien ridiculisées par Molière. Plus près de nous, certains se rappelleront l’après-guerre et ses expressions figées et un peu sottes qui envahissaient les conversations et les discours : au point de vue de … , que combattaient les puristes, céda la place à dans le cadre de … , pire encore, qui sévit pendant cinq ou six ans avant de disparaître Nous vivons maintenant le temps où en termes de … triomphe. Mais cette mode passera, comme ont passé le chapeau melon et le pantalon à pinces.
En attendant, on évitera cette formule creuse pour lui préférer l’honnête correction d’une langue sans prétention qui, dans sa simplicité, exprime bien ce qu’elle veut dire. (J. B.)
Jeunisme
Juillet et août 2009
Le mot ne figure pas encore dans tous les dictionnaires, mais chacun sait de quoi il s’agit. Cette tendance, familière au monde des «bobos », n’épargne pas la langue. Le «parler jeune» nous envahit. Selon qu’il s’agisse de l’oral ou de l’écrit, ce snobisme se manifeste de différentes manières. On connaît le goût des adolescents pour les termes argotiques et le verlan (« il kiffe grave sa meuf ») ainsi que leur propension à prendre l’accent faubourien. Le tutoiement s’immisce de plus en plus dans la publicité. A la radio, à la télévision, dans journaux, on se contente souvent du seul prénom pour désigner une personne. Le vocabulaire expressif se réduit à des termes stéréotypés qui ne sont plus que des interjections : cool, super, wouah ont remplacé les qualificatifs exprimant l’admiration, la beauté, l’excellence. On constate une régression vers le jargon balbutiant des bambins, une infantilisation de la langue orale.
Un fléau qui affecte l’oral et l’écrit est l’invasion des formes abrégées.
On entend fréquemment, et malheureusement on lit aussi des mots tronqués du genre: l’actu, une info, un docu, les intellos ; on offre un abo de trois mois à un hebdo ou à un magazine conso, notre ado a une interro de psycho, je vous donne mon numéro perso, etc. Je sais bien que vélo, pneu, radio, cinéma, frigo, météo sont devenus familiers sans offusquer personne: ils rendent plus accessibles des termes savants ou longuets. Mais surtout, leur introduction a été progressive, espacée dans le temps, et ils dérivaient de vocables nouvellement créés. Il n’en va pas de même aujourd’hui quand appart’ remplace appartement ou quand le matin n’est plus que le mat’.
Cette affectation de modernisme déteint sur les comportements sociaux. La langue est certes le reflet de la société, mais en retour elle agit sur elle. Vinet disait déjà: « Veiller sur la langue c’est veiller sur les mœurs. » Il est évident que s’exprimer maladroitement, pauvrement, sans possibilité de nuances, ne facilite pas les contacts harmonieux. La rudesse, le primitivisme et l’approximation du langage induisent la violence des gestes. La vulgarité de l’expression fait admettre le relâchement de la tenue, le sans-gêne, voire la goujaterie, comme des attitudes normales.
Ceux qui, professionnellement s’adressent à nous, commettent une double erreur quand ils s’imaginent être «proches des gens» en nous parlant un français de bas niveau. Les jeunes ne sont pas dupes de cette servilité à leur égard. Quant aux lecteurs ou auditeurs adultes, ils ont trop souvent l’occasion de tiquer en relevant les incorrections, contresens et vulgarités qui n’appartiennent de loin pas à leur environnement langagier coutumier. Nous ne sommes pas tous des obsédés du copain-copain ! (J.B.)
Déraillements
Mai 2009
Dans un journal régional, un titre m’intrigue: « Nouvelle flotte pour les pompiers». Je me demande si dorénavant les lances vont cracher de l’eau d’Evian! Ou alors si on va fournir aux pompiers des canots équipés pour éteindre des incendies lacustres. En réalité, il ne s’agit ni d’eau ni de bateaux. Un sous-titre précise :« Le Centre incendie se dote de deux nouveaux véhicules». Bien sûr! J’oubliais que dans le langage branché une flotte fait nettement plus moderne qu’un parc de véhicules. Le lendemain, rebelote ! Voilà, dans un autre journal, la flotte automobile. Pas de doute: nos braves routières sont devenues amphibies !
Je n’ai rien contre les métaphores, à condition qu’elles aient un rapport avec le sens premier du terme utilisé. Ce qui est loin d’être le cas lorsque flotte s’applique à des véhicules qui circulent sur un terrain solide. M. de la Palice dirait qu’une flotte est composée d’objets flottants. Donc soutenus en général par l’eau. Admettons pourtant flotte aérienne puisque les avions « flottent» dans les airs. Petite licence poétique!
Il n’en est pas de même lorsque un terme est manifestement employé pour un autre. La notion de « propriété des termes» semble être ignorée de certains journalistes au vocabulaire approximatif. J’ai lu qu’à Barcelone les jardins publics étaient dissimulés dans toute la ville. Ils y sont certainement disséminés! Ailleurs, un collègue devient un congénère, et les habitués d’une bibliothèque publique, simples lecteurs, sont promus bibliophiles, appellation réservée aux amateurs d’éditions rares. A la radio, un critique qualifie un écrivain de prolixe, alors qu’il n’est pas du tout verbeux, mais plutôt prolifique, car il publie beaucoup. Et que dire de cette remarque pêchée dans un compte rendu de marché : les prix ascendent à la baisse!
Les uns se donnent des airs de compétence en parlant un langage codé empreint d’un snobisme moliéresque, les autres jargonnent au hasard faute de connaissances précises. Tout cela au mépris de la sobriété, de la clarté et de l’élégance qui ont été durant des siècles l’honneur de la langue française.
Réagissons à ces funestes tendances! Professeurs, politiques, journalistes, gens de radio, prenez vos responsabilités! (J.B.)
Les parasites
Mai 2009
Les parasites, ce sont ces termes, inutiles jusqu’à l’absurdité, qui encombrent la langue, qui alourdissent l’expression. La radio et la télévision nous en prodiguent des exemples à longueur de journée.
On y entend trop souvent des formules rocailleuses du type : « On se demande [qu'est-]ce qui va arriver, on voudrait savoir [qu'est-]ce qui se passe, il faudrait préciser où [est-ce qu']elle va, battre les œufs de manière [à ce] que la pâte soit lisse. » Quant à cette perle d’élégance, elle nous vient hélas des ondes françaises: « Le président n’a pas dit quand [est-ce qu'] il comptait aller aux Antilles. »
Parasites aussi ces en fait, écoutez, alors, eh bien et l’exaspérant si vous voulez dont certains émaillent leur discours. Cette instabilité de la parole, qui n’avance qu’en hésitant, en hoquetant, trahit un embarras de mauvais aloi. Aller droit au but est toujours une qualité, les tics de langage, ces scories, me font craindre d’avoir affaire à un indécis peu crédible.
On sait qu’aujourd’hui il est de bon ton de s’excuser pour tout et de craindre des représailles pour la moindre imprudence de langage. Aussi de plus en plus cherche-t-on à atténuer la portée d’une affirmation. Il faut sans cesse rectifier ce que l’on vient de dire ou émousser par avance la précision d’un terme. D’où cette manie de farcir le discours de l’expression «entre guillemets». « Le raisonnement m’a paru, entre guillemets, hasardeux … Une personne un peu fruste, entre guillemets » Comble de précaution: j’ai relevé un «avec beaucoup de guillemets» et un «entre de grands guillemets ». On n’est pas plus prudent! Le record actuel est détenu, à la radio romande, par la directrice d’un festival de films qui, en dix minutes, a utilisé les guillemets six fois. C’est-à-dire qu’environ toutes les nonante secondes, cette dame se croit obligée d’édulcorer ses paroles, de se reprendre, de modifier la valeur de son jugement. Ou elle n’a pas les idées claires, ou elle a un déficit de vocabulaire!
Il est évident que, parfois, on désire exprimer une restriction, un doute.
On dispose alors d’assez de mots ou d’expressions simples et variés comme peut-être, éventuellement, si je puis dire, en quelque sorte, grosso modo, plus ou moins, et combien d’autres. Mais attention! Là aussi, on peut tomber dans un tic répétitif qui fait douter de la crédibilité de celui qui défend un point de vue. Il y a heureusement encore des gens qui ne barguignent pas et ne s’embarrassent pas de gilets pare-balles langagiers; ils appellent un chat un chat, faisant fi du terrorisme ubuesque du politiquement correct. Et ils font honneur au français, langue de la précision et des esprits décidés ! (J.B.)
Un prestige menacé
Un metteur en scène iranien, au micro d’une radio française, affirme qu’au théâtre la diction est primordiale. Un étranger nous rappelle que notre langue a des sonorités à nulles autres pareilles, des nuances, des rythmes qui en font tout le charme et la subtilité. Il faut en jouer avec délicatesse et intelligence.
Celle qui fut une conférencière érudite, après une longue carrière à la Comédie-Française, Dussane citait cette anecdote: un Suédois lui avait confié qu’en des moments difficiles il aimait à répéter le mot « nostalgie ». La douceur de ce vocable murmuré lentement agissait sur son esprit stressé comme une musique apaisante.
Des siècles durant, la langue française a joui d’un prestige universel, suscité parfois un amour inconditionnel. Si aujourd’hui elle a perdu sa prépondérance dans beaucoup de pays, elle conserve tout son prestige dans de nombreux milieux. Asiatiques, Africains, Hongrois ou Suisses allemands, ils sont des millions dans le monde à déclarer leur amour du français! Ils n’en apprécient pas seulement la forme écrite et la littérature, mais trouvent dans son expression orale l’élégance et la clarté que leurs propres idiomes n’offrent pas toujours.
Faut-il accepter que ce patrimoine précieux soit respecté davantage à l’étranger que chez nous? Ceux qui admirent notre langue, qui l’ont apprise avec enthousiasme et persévérance, devront-ils constater que nous, les héritiers, l’avons laissée s’abîmer, que nous avons été complices des saboteurs?
« Il faut bien que la langue évolue », disent les laxistes. Les cancers aussi évoluent, et pas souvent vers un mieux! L’évolution doit être un enrichissement, non une dégradation. Or à quoi assistons-nous, si ce n’est à un avilissement du vocabulaire, à sa régression vers une espèce de jargon basique, à la perte des expressions consacrées. J’ai entendu dire «de la roupie de chansonnette» et «ouvrir la boîte des pandores», aux emplois fautifs des modes et des temps, à une syntaxe qui frise parfois le charabia, bref à un mépris généralisé des règles et des usages. Veillons donc sur notre expression verbale. Ne parlons pas n’importe comment! Luttons contre le laisser-aller, l’à-peu-près, le banal, le trivial, et que les parleurs professionnels (hommes politiques compris) donnent l’exemple! (J.B.)
Anglomania et économie
(ATS | 02.07.2009 | 14:49)
Les cantons de Suisse occidentale officialisent la fusion de leurs promotions économiques à l’étranger. Les trois structures actuelles regroupées dès 2010 sous l’appellation Greater Geneva Berne Area (GGBA)
Ce nouvel organe fédère le DEWS (Development Economic Switzerland), qui représentait jusque-là les cantons de Vaud, du Jura, de Neuchâtel et du Valais à l’étranger, l’organe commun à Genève et Fribourg ainsi que l’association de promotion économique bernoise. Le Jura a par contre choisi de rejoindre les cantons bâlois.
«La nouvelle entité sera bilingue, intégrera les éléments les plus performants des trois structures actuelles et se veut résolument orientée vers les marchés en devenir», a déclaré dans son discours Pierre-François Unger, ministre genevois de l’économie.
Basée à Lausanne, la GGBA est dotée d’un budget de 4,13 millions de francs. Les cantons se sont engagés à rester dans la structure pour trois ans au minimum.
L’association a défini trois marchés prioritaires: les Etats-Unis, la France et l’Allemagne. Toutefois, l’Italie, l’Inde, la Chine, le Brésil et la Russie seront aussi couverts par la nouvelle structure.
La décision de regrouper les différents organes de promotion économique avait été annoncée en juin de l’année passée.
No comment!
Franglais (suite…!)
Ce courrier d’une lectrice de 24 Heures est hélas le triste reflet d’une mode qui séduit de plus en plus de journalistes persuadés que l’usage abondant de termes anglais accroît la crédibilité de leurs propos.
Faut-il un dictionnaire pour lire 24 Heures?
(Courrier des lecteurs 24 Heures, 8 juin 2009)
A propos de l’article intitulé: «Un «rodéo» pour tester la solidité des futures spin-off de l’EPFL» (24 heures des 30-31 mai 2009)
Un grand merci à Emmanuel Barraud, puisqu’il m’a poussée à lire entièrement son article, car j’étais intriguée par les néologismes employés. J’ai appris quelques mots d’anglais, et leur signification en effectuant une petite recherche sur Wikipédia.
Mais j’ai une petite pensée pour tous ceux qui n’ont pas internet, qui ne sont pas anglophones, qui n’ont pas le temps, les moyens ou l’envie d’être érudits, mais qui aimeraient tout de même lire leur quotidien, devant une bonne tasse de café, et surtout le comprendre. En bon français, tout simplement!
Ariane Pasquier, Vulliens
Sale! Soldes!
Depuis le début de l’année, le temps des soldes a marqué et marque peut-être encore le commerce de ce pays. Les publicités ont envahi les boîtes aux lettres. Nous les avons collationnées et pouvons attribuer quelques bouquets d’orties et de fleurs.
L’ »Association Défense du Français » offre notamment ses:
bouquets d’orties
- à la maison Charles Vögele proposant des articles qui « doivent tous disparaître ». Du moins selon son prospectus « Last minute »..!
- aux magasins danois Jysk, qui invite le client à de « Mega Sale »,
- à Manor et son prospectus « Sale » pour vêtements et articles de sport, accompagnés certes en petits caractères des mentions « soldes, sonderverkauf, saldi »,
- à Import Parfumerie qui vante ses « Sale » dans le journal Coopération.
bouquets de fleurs
- à Landi, qui s’appuie sur son slogan « appréciez la différence »,
- à Interdiscount, qui affiche clairement la couleur par un majestueux titre « Soldes »,
- à Jumbo, qui fait de même,
- à Conforama, qui invite le chaland à se dépêcher de profiter des « Soldes » maison,
- à Coop brico+loisirs, qui propose de traquer les prix grâce à ses « Soldes »,
- à Casino, qui vante ses prix ronds,
- à Manor et son magazine dont les offres en français, invitent à une « journée de l’amour » pour la Saint-Valentin.
Cette liste n’est de loin pas exhaustive. Mais l’ »Association Défense du Français » se réjouit du respect de la langue française dont ont su faire preuve en ces temps de soldes de nombreuses enseignes commerciales. (F.B.)
La Poste toujours…
Dans sa réponse à une lettre de Mme et M. Anne-Lise et André Grosvernier de Lausanne qui s’interrogent sur la permanence de certains anglicismes dans le magazine officiel de La Poste, M. Ulrich Gygi, directeur, tente d’expliquer la pratique de son entreprise. Voici la teneur de cet échange de courrier:
Réponse satisfaisante? A chacun de juger …et peut-être de donner son point de vue à M. Ulrich Gygi.
Terminologie, chefs-lieux et langue française
La Fondation Défense du français a reçu de M. Amédée Rouèche de Délémont la copie d’une lettre fort intéressante que ce dernier a adressée aux responsables de la rédaction du Dictionnaire historique de la Suisse. En voici le contenu :
Madame, Monsieur,
En consultant votre site, je constate malheureusement que la terminologie française n’est pas exacte. C’est notamment le cas lorsque vous mentionnez : Lausanne, chef-lieu du canton de Vaud, et pire encore pour Delémont : Comm. JU, chef-lieu de canton et de distr. (de quel canton et de quel district?)
En français, là où siègent le parlement et le gouvernement, de quelle grandeur que soit la ville, il s’agit d’une capitale. Les cantons suisses sont des Etats – demandez donc à M. H.-R. Merz – et il est malvenu de les désigner sous le vocable de chef-lieu (là où est établi une administration). Les visiteurs de votre site, de France et des autres pays francophones, sont en cela mal renseignés, puisqu’en français un chef-lieu de canton a une toute autre signification.
Il est également maladroit de procéder à des abréviations de bouts de ficelle : comm. pour commune, abréviation qui vous fait économiser, dans ce cas, deux espaces. Idem pour distr. au lieu de district.
Fort dommage pour un ouvrage de références tel que le vôtre.
Le Guide du Typographe édité par le Groupe de Lausanne de l’Association suisse des typographes AST, vous rendrait grand service. C’est une référence incontournable pour écrire et abréger correctement.
(Suivent les salutations)


