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LE FRANÇAIS DOIT ETRE DEFENDU

24 Heures – 3 mars 2010 – François Berger

En janvier, une motion a été déposée auprès du Grand Conseil vaudois par le député Jérôme Christen, pour que les autorités se dotent d’un instrument – sous la forme d’une loi – permettant de favoriser l’usage de la langue française et d’en promouvoir le rayonnement sur le territoire du canton.

Ce représentant du peuple s’inquiète de la prolifération des anglicismes qui, sous l’influence de l’internet et de la publicité, ont tendance à se répandre dans l’administration et les institutions parapubliques ou soutenues par l’Etat.

On ne saurait assez se réjouir de cette proposition, qui n’a pas la prétention de devenir une loi de police de la langue, mais une loi sur l’usage de la langue. Il serait, en effet, temps que l’on se soucie en haut lieu d’une perversion langagière due à l’influence de l’anglo-américain.

Qu’un extravagant jargon envahisse circulaires et documents officiels n’étonne plus. Mais que même la plume de défenseurs patentés du français soit abâtardie par un méli-mélo d’anglicismes devient préoccupant!

Souvent, nous avons témoigné de nos craintes de voir la langue française condamnée à une désagrégation croissante sous les assauts du politiquement correct, d’un certain sabir pédagogique moderniste et, de plus en plus fréquemment, d’un anglo-américain rudimentaire. Comment, en effet, être assuré que l’apprentissage du français et la transmission du savoir qui lui est liée ne soient pas à moyen terme dépréciés par une emprise langagière grandissante du monde anglophone?

Sous couvert de mode et d’attrait ludique, les premières victimes de cette anglomanie sont les jeunes, sans cesse agressés par la publicité de grandes chaînes qui grenouillent avec une rare volupté commerciale dans le «tout en anglais».

Toute langue incarne un savoir essentiel digne de respect, et reste par excellence le mode d’expression original et déterminant d’une population qui mérite, elle aussi, considération. Elle offre une culture inédite et une richesse patrimoniale, que l’on ne saurait solder pour se soumettre à l’exigence des modes. Il est peu fécond d’utiliser des termes anglais lorsque l’équivalent français existe.

Aussi avons-nous découvert avec plaisir ces propos tenus, le 26 octobre 2009, par l’auteur français dénommé Marc Favre d’Echallens dans une tribune de l’hebdomadaire Marianne:

«On ne conçoit bien, on ne travaille bien, on n’achète bien, on ne réfléchit bien qu’avec les mots de sa langue maternelle; l’emploi forcé d’une langue est toujours cause de déclassement, d’asservissement moral, d’insécurité linguistique et de stress. Il est temps de s’unir pour s’opposer à ce nouveau totalitarisme qui commence comme une comptine… en anglais et se termine en un Apocalypse Now des langues.»

Puissent donc les députés du Grand Conseil vaudois se pencher favorablement sur un projet qui vise à favoriser la langue française dans l’administration et dans le grand public, en n’oubliant pas que celui qui ne soutient pas sa langue brade son passé.

Est-ce un signe prémonitoire? Du 22 au 24 octobre 2010, la cité de Montreux organisera le 13e Sommet de la francophonie!

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