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ON S’EMBROUILLE
Dans son billet dominical paru dans un quotidien vaudois, un pasteur écrit : «Si Dieu nous a donné la voix et la parole, c’est pour se faire entendre.» Littéralement, la phrase signifie que Dieu, pour se faire entendre, a doté l’homme de moyens d’expression vocaux. Ce qui peut paraître paradoxal. En réalité – le contexte permet de le comprendre – le pasteur veut dire que Dieu nous a donné ces moyens pour que nous puissions communiquer avec nos semblables. Il n’empêche que la phrase est incorrecte. Il fallait écrire: «Dieu nous a donné la parole pour nous faire entendre (des autres), pour pouvoir nous exprimer. »
La faute n’est pas rare. On l’entend à la radio constamment:« Nous sommes arrivés à temps pour se mettre à l’abri … Il faut nous attendre à se trouver dans une situation difficile … Nous aurons le plaisir de se préparer un bon repas … » Et combien d’autres! L’emploi des pronoms personnels non sujets semble être ce que les pédagogues appellent « non acquis » pour beaucoup de nos contemporains. La cause en est-elle à la présence de l’infinitif qui, pour certains, serait inséparable du «se»? En tout cas, l’erreur est flagrante.
Autre pataquès, trouvé dans un roman récemment paru. Il s’agit de gens qu’il faut pousser dehors, «car sinon ils ne sortaient pas ». L’auteur aurait dû se contenter de l’une des deux conjonctions, et aurait ainsi évité une contradiction qui n’éclaire pas son propos. En effet, « car » indique la cause, alors que dans cette phrase « sinon» introduirait plutôt une idée de conséquence. Il faut choisir! La négligence, qui paraît ici évidente, témoigne d’une logique quelque peu vacillante de la part du romancier.
Tout cela n’est pas bien grave, diront certains, puisqu’on se comprend.
Ces subtilités sont des chinoiseries de pinailleurs, qui se complaisent dans un langage guindé de vieux académiciens salonnards ! Eh bien, non! Je ne vois pas que parler correctement soit du maniérisme. Cela évite en tout cas des confusions, ou des obscurités, voire des contresens, comme on vient de le constater. Le comble, c’est que le pasteur en question conclut son billet par ce conseil: «Débranchez les brouillages, s.v.p! » Que ne s’est-il lui-même pris au mot!
J.B.