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ENSEIGNEMENT: ZURICH BANNIT LE FRANÇAIS
Victor Fingal – Le Matin- le 06 avril 2010
La langue de Molière est en perte de vitesse sur les bords de la Limmat. Elle n’a plus la cote ni chez les élèves ni chez les maîtres d’école.
A Zurich, le français fiche le camp à grande vitesse. Déjà que l’enseignement de la première langue étrangère a passé à l’anglais, il y a six ans, maintenant c’est tout l’apprentissage de la langue de Molière qui est en cause. Principale raison, révélée par le Tages-Anzeiger : le manque d’enseignants qualifiés, pour ne pas dire le manque d’enseignants de français, tout court.
Quelque 110 places sont encore à pourvoir cette année dans les écoles secondaires zurichoises. «La situation n’est pas encore alarmante, mais elle est difficile», reconnaît Barbara Grisch, vice-présidente de direction d’un arrondissement scolaire zurichois. Et pour ne rien arranger, pas d’embellie prévue ces prochaines années. «Les crises économiques précédentes ont vu bien des ex-enseignants revenir à la fonction publique, mais cette fois ce n’est pas le cas», constate Anton Manser, le directeur d’une école à Schwamendingen (ZH). La branche qui trinque le plus, c’est la langue des Welches. Pour pallier la difficulté, le français est enseigné par des maîtres peu motivés et peu qualifiés. La vraie raison? «De moins en moins d’enseignants sont attirés par l’apprentissage du français après la maturité: le fait que cette langue ne soit plus nécessaire pour enseigner dans les premières classes primaires en est l’une des causes», constate Martin Wendelspiess, directeur du Bureau des écoles publiques zurichoises.
Lilo Lätzsch est plus directe. «Les élèves, comme les enseignants, préfèrent l’anglais. Pour la majorité, «english is cool», dévoile ce professeur de mathématiques, présidente de la section cantonale de l’association des enseignants. Le français, a contrario, est donc jugé ringard…
Et la cohésion nationale dans tout ça? Lilo Lätzsch reconnaît que tout n’a pas été tenté pour faciliter le dialogue interrégional en Suisse, qui devrait passer par la connaissance de la langue de l’autre. «Il n’y a pas eu suffisamment d’échanges d’élèves, de correspondances, entre les Alémaniques et les Romands. Cela a certainement contribué à marginaliser le français.» Moralité, d’ici à quelques années, si la chute du français se poursuit, il pourrait même disparaître des bords de la Limmat.
Un avis qui fait hurler Claude Ruey, conseiller national (PLR/VD) et ancien président d’Helvetia Latina. «Avec ce genre d’arguments, c’est la Suisse que l’on tue. L’enseignement du français à Zurich? Cette question ne devrait même pas se poser. Si les maîtres d’école rechignent à l’enseigner, les autorités zurichoises devraient intervenir.»
Le manque de volonté de la part des Zurichois laisse aussi perplexe Elisabeth Baume-Schneider, ministre de l’Education du Jura (PS). «C’est inquiétant. Cela ne va pas renforcer le lien confédéral. Les cantons romands ont opté pour l’allemand comme première langue étrangère et tous les cantons alémaniques qui ont une frontière avec la Suisse romande, aussi», rappelle la conseillère d’Etat, aussi présidente de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin. «Le français est une langue riche et vivante, une langue de culture et qui sait évoluer. C’est aussi une langue internationale, comme le prouve le prochain Sommet de la francophonie qui va se tenir à Montreux. Dommage que Zurich ne l’ait pas compris.»