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Jeunisme
Juillet et août 2009
Le mot ne figure pas encore dans tous les dictionnaires, mais chacun sait de quoi il s’agit. Cette tendance, familière au monde des «bobos », n’épargne pas la langue. Le «parler jeune» nous envahit. Selon qu’il s’agisse de l’oral ou de l’écrit, ce snobisme se manifeste de différentes manières. On connaît le goût des adolescents pour les termes argotiques et le verlan (« il kiffe grave sa meuf ») ainsi que leur propension à prendre l’accent faubourien. Le tutoiement s’immisce de plus en plus dans la publicité. A la radio, à la télévision, dans journaux, on se contente souvent du seul prénom pour désigner une personne. Le vocabulaire expressif se réduit à des termes stéréotypés qui ne sont plus que des interjections : cool, super, wouah ont remplacé les qualificatifs exprimant l’admiration, la beauté, l’excellence. On constate une régression vers le jargon balbutiant des bambins, une infantilisation de la langue orale.
Un fléau qui affecte l’oral et l’écrit est l’invasion des formes abrégées.
On entend fréquemment, et malheureusement on lit aussi des mots tronqués du genre: l’actu, une info, un docu, les intellos ; on offre un abo de trois mois à un hebdo ou à un magazine conso, notre ado a une interro de psycho, je vous donne mon numéro perso, etc. Je sais bien que vélo, pneu, radio, cinéma, frigo, météo sont devenus familiers sans offusquer personne: ils rendent plus accessibles des termes savants ou longuets. Mais surtout, leur introduction a été progressive, espacée dans le temps, et ils dérivaient de vocables nouvellement créés. Il n’en va pas de même aujourd’hui quand appart’ remplace appartement ou quand le matin n’est plus que le mat’.
Cette affectation de modernisme déteint sur les comportements sociaux. La langue est certes le reflet de la société, mais en retour elle agit sur elle. Vinet disait déjà: « Veiller sur la langue c’est veiller sur les mœurs. » Il est évident que s’exprimer maladroitement, pauvrement, sans possibilité de nuances, ne facilite pas les contacts harmonieux. La rudesse, le primitivisme et l’approximation du langage induisent la violence des gestes. La vulgarité de l’expression fait admettre le relâchement de la tenue, le sans-gêne, voire la goujaterie, comme des attitudes normales.
Ceux qui, professionnellement s’adressent à nous, commettent une double erreur quand ils s’imaginent être «proches des gens» en nous parlant un français de bas niveau. Les jeunes ne sont pas dupes de cette servilité à leur égard. Quant aux lecteurs ou auditeurs adultes, ils ont trop souvent l’occasion de tiquer en relevant les incorrections, contresens et vulgarités qui n’appartiennent de loin pas à leur environnement langagier coutumier. Nous ne sommes pas tous des obsédés du copain-copain ! (J.B.)